L’histoire de Tournus, la presse en parle pendant le procès. Vous pouvez consulter les articles sur le site criminocorpus (240 pages)[1].

Citons également deux ouvrages y faisant amplement référence : celui du journaliste et écrivain Philippe Aziz[2] et celui que le fils de Bonny a consacré à son père : « Mon père, l’inspecteur Bonny. » Aux yeux des Allemands Tournus avait prouvé l’efficacité de la « bande à Lafont[3] ».

En ce mois de janvier 1943, la bande à Lafont -écrit Ph. Aziz- part de Paris dans cinq voitures. L’opération, c’est lui qui la monte, sans recourir à une quelconque autorisation des Allemands, contrairement à ce qu’il dira -pour se dédouaner- lors de son procès.

Sont présents : Lafont, Bonny, Charles Fels (dit Gros Charles), Louis Miclar (dit Gros Louis), Marvelli, Jean-Baptiste Chave (dit Nez de Braise), Auguste Jeunet dit Cajac, Jean Damien Lascaux, Abel Danos (dit Le Mammouth)[4] et Eddy Pagnon[5]. Dans le lot, il n’y a pas que des enfants de chœur. Chave, par exemple, est décrit par certains comme un « tueur sadique, psychopathe et cruel[6]. »

Pour impressionner, Lafont a revêtu son uniforme de capitaine SS : « Lafont, bon comédien, soigne son entrée en scène[7]. » Le subterfuge fonctionne puisque les rapports feront tous état d’une « opération de la police allemande ».

Comment Lafont a-t-il eu vent des diamants ?

À l’origine de leur descente, un renseignement donné à Lafont par Jean Damien Lascaux[8], neveu de Bonny.

Lascaux a des antennes à Tournus où il se dit qu’un certain commissaire « est antisémite, qu’il soumet les Juifs à d’odieux chantages et profite de la persécution qui les frappe pour s’enrichir. Les gens laissent aussi entendre que le commissaire propose à certaines familles juives de les aider à passer la ligne de démarcation, mais qu’au lieu de les aider, il les dépouille et les livre ensuite aux Allemands. Le renseignement de Lascaux fait état, en particulier, de la disparition d’une famille juive, possédant de nombreux diamants, retrouvés chez Mercier. Bref, ce commissaire joue au faux-passeur[9]. » Dans son ouvrage, Philippe Aziz appellera ce commissaire « Mercier » mais il s’agit bien d’Escude.

Pour Lafont, le problème, c’est qu’un petit commissaire de province s’en mette plein les poches : il n’est ni plus ni moins qu’un petit truand ne reversant rien à la Gestapo française. Et dans le milieu, c’est intolérable.

L’affaire de Tournus : un très bon point pour la carrière du Gestapiste Lafont

Selon Philippe Aziz, l’affaire de Tournus a des conséquences pour la bande de la rue Lauriston : « Durant cette expédition, le service de la rue Lauriston a manifesté un tel zèle et une telle efficacité que Knochen pense l’utiliser dans d’autres opérations en province ; filatures, repérages de parachutistes, lutte contre les groupes de résistance et contre les passeurs de la ligne de démarcation. Pour le patron, l’expédition de Tournus, sans être un succès éclatant, a néanmoins une valeur indicative : il sait, désormais, qu’il peut prendre des initiatives, préparer et exécuter une opération, perquisitionner, arrêter, interroger, interner ; il a les mains libres, il est consacré. C’est la première preuve tangible de son pouvoir (…)[10]. »

À suivre…


[1] https://criminocorpus.org/fr/bibliotheque/doc/814/

[2] Aziz, Philippe. Tu trahiras sans vergogne : histoire de deux « collabos », Bonny et Lafont. Paris : Fayard, 1969, 379 p.

[3] Bonny Jacques. Mon père, l’inspecteur Bonny. Paris : Robert Laffont, 1975, p. 231.

[4] La présence de Danos n’est pas avérée. Voir Abel Danos, dit « le Mammouth » par Éric Guillon. Paris : Fayard, 2006, 448 p., p. 320.

[5] Condamné à mort le 12 décembre 1944, Eddy Pagnon fut exécuté le 27 décembre à 10h00 au fort de Montrouge.

[6] Guillon Éric. Abel Danos, dit « le Mammouth », op.cit., p. 160. Chave sera jugé et condamné à mort, exécuté le 2 juin 1945.

[7] Aziz, Philippe. Tu trahiras…, op.cit., p. 215.

[8] Condamné aux travaux forcés à perpétuité, décédé en 1990.

[9] Aziz, Philippe. Tu trahiras…, op.cit., pp. 212-213.

[10] Idem., p. 216.