Le prestige de la police déjà mis à mal à Sennecey-le-Grand 

L’histoire avait été étouffée mais il semble bien que ce n’est pas la première fois que des policiers aient été mouillés dans une sale affaire.

C’est ainsi que le commissaire principal de Mâcon rappelle au préfet le 4 février 1943 : « La récente arrestation du commissaire de police par la Gestapo dans une affaire où l’honorabilité de ce fonctionnaire est mise en cause, a donné lieu en cette ville et dans les environs à de nombreux et désobligeants commentaires du public à l’égard de la police nationale.

Trois autres policiers, deux commissaires et un inspecteur du bourg voisin, de Sennecey-le-Grand, ayant été déplacés en 1941-1942 par mesure disciplinaire, ces faits sont encore présents dans la mémoire des habitants de la région et il va sans dire que dans ces conditions la réputation et le prestige de la police nationale n’y a plus rien à perdre, les 4 fonctionnaires susmentionnés ayant laissé, tant à Tournus qu’à Sennecey-le-Grand une impression déplorable.

Il est donc indispensable que le futur commissaire de police de Tournus fasse preuve à la fois de réelles qualités morales et professionnelles pour regagner peu à peu la confiance et l’estime actuellement inexistante de la population. »

Résumons l’affaire de Tournus :

Une famille juive, astreinte à résidence à Tournus, a fui le 25 novembre 1942 craignant d’être arrêtée par la police allemande.

Le 25 janvier 1943, des policiers allemands dont certains parlent un « excellent français » arrivent en ville. Il s’agit de Lafont et de ses sbires.

Pour vol et trafic de diamants évalués, dit-on, à plusieurs millions ils arrêtent : le commissaire Escude, sa femme et sa belle-mère. Sont complices du vol de diamants : Lacomme, sa fille et son épouse, Torres et Jules Clipet.

Pour recel d’armes : Boiteux et Jules Clipet

Pour trafic de laissez-passer sont arrêtés : Hubert et Hossenlop.

Sont relaxés : l’épouse et la belle-mère du commissaire, les lieutenants Heyl et Bonneau.

Escude et Boiteux[1] seront déportés à Neuengamme. Boiteux décédera à Montélimar en 1993.

L’épouse et la fille de Clipet seront envoyées à la prison de Fresnes et libérées en juillet 1944. Clipet[2] est conduit à la prison Montluc[3] mais a -semble-t-il- réussi à s’échapper[4]. Il aurait été repris alors qu’il tentait de passer en Espagne en mai 1943. Il est déporté à Buchenwald depuis Compiègne le 2 septembre. Il décède le 6 octobre 1943.

René Hossenlopp[5] meurt le 2 février 1943 à Chalon-sur-Saône, sans autres précisions. Peut-être à la prison ?

Joseph Hubert[6] sera emprisonné à Fresnes et libéré le 8 juillet 1944. Il arrive à Tournus le 11 juillet avec Robert Lacomme, libéré également de Fresnes. Ce dernier sera nommé le 5 septembre à la commission provisoire du gouvernement de la République française après dissolution du conseil municipal.

Nous n’avons trouvé aucun renseignement sur Louis Guichard et Torres.

En bref, l’affaire de Tournus, se résume à beaucoup de personnes arrêtées. Certains trouveront la mort en déportation. D’autres resteront emprisonnés jusqu’en juillet 1944.

Chailleux -qui n’a pas été arrêté- nous livre sa version des faits et André Talmard d’en conclure :

« Oui, c’est là une belle mission que viennent d’accomplir Chailleux et Marchal ».

Mais c’est bien Lafont et Bonny qui sont repartis rue Lauriston avec les diamants ou une partie des diamants.   

Le 31 août 1944, Laffont, Bonny sont cernés dans une planque à Bazoches. Lafont et Bonny seront jugés rapidement entre le 1er et le 11 décembre. Lafont et Bonny sont fusillés le 27 du même mois[7].

Mais une chose est sûre : ils auront le temps de livrer leur version des faits sur l’opération de Tournus.

À suivre…


[1] Justin Ignace Boiteux, né le 22 août 1907 à Picherande (63).

[2] Jules Gaston Henri né à Douai le 21 juillet 1901.

[3] AD Rhône : Dossier 0049, cotes 3335W 1-3335W31 Date 1942-1956 Origine Service régional de police judiciaire de Lyon (SRPJ). Clipet est interné sous le nom de Clément.

[4] Chailleux-Mathis Roger. Millionnaire pour la Gestapo. Editions Surmelin Printed, 1972, 252 p., p. 67.

[5] Né le 23 décembre 1894 à Linz Stadt (Autriche). Le site Mémoire des Hommes le présente comme « victime civile », né à Mulhouse.

[6] Né le 9 décembre 1896 à Thann.

[7] Sont exécutés le 27 décembre Haré, Delval, Villaplana dit Villaplane, Engel et Clavié.