Premier café du matin. France Culture. Et l’on reparle encore de la sécheresse et de l’élevage. Ah, les vaches ! De l’autre côté du pré, elles tentent de brouter le peu d’herbe sèche qu’il reste. Paysages de désolation en Saône-et-Loire. Et il faudrait manger des carottes, ça use moins d’eau. Certes. Les carottes, c’est bon.

Mais un paysan se suicide tous les deux jours (ou moins) en France. On s’en fout. Pourtant on a regardé « Petit paysan » et on a été ému. Pourtant on a regardé « Sacrifice paysan », et on a été ému. On a été ému pendant le temps d’un film. C’est peu, non ?

Relisez ce fabuleux historien, Fernand Braudel. Dans son Identité de la France -Les hommes et les choses, il écrivait si justement :

« J’ai souvent pensé que si l’Europe ne s’était pas offert la longue détestation du Juif, elle aurait peut-être pris en chasse le berger, homme à part s’il en fut. »

Le temps de la chasse à l’éleveur est venu. « Et pour cause : produire un kilo de bœuf nécessite environ 15500 litres d’eau (cent fois plus qu’un kilo de carottes) », selon Novethic.fr.

Bon sens citoyen ?

Pendant ce temps-là, d’autres remplissent leur piscine et arrosent fleurs et pelouse en plein après-midi sous un soleil de plomb. Fierté d’avoir un beau « chez-soi ». « La France est le premier pays d’Europe quant au nombre de piscines et le deuxième au niveau mondial après les Etats-Unis », lit-on sur Guide-piscine.fr. Ce n’est plus un « signe ostentatoire de richesse » mais « la marque d’un certain art de vivre », quelques lignes plus loin. La conjoncture est « favorable » : trois millions de bassins installés en 2021.

Alors dans un quartier à Gerardmer cet été, on a vandalisé les jacuzzis. « L’eau, c’est fait pour boire », petit mot laissé à l’intention des fondus de la trempette.  

Trente-cinq communes dans le Haut-Doubs ravitaillées en eau potable par des camions-citerne. Le Haut-Doubs, ses verts pâturages et ses sapins… On imagine même pas. Pendant ce temps-là, vers Aubenas, le club de moto-cross vole l’eau d’un bassin pour arroser sa piste en vue d’une manifestation, par crainte d’un incendie.

On sait qu’il existe des « restrictions » dans chaque département. Qui contôle les infractions ? Cherchez l’erreur.

La guerre de l’eau a peut-être commencé.

Allez, bonne journée. Je vais cueillir mes tomates, arrosées avec le peu d’eau de pluie conservé. Le trésor le plus précieux que j’ai en ce mois d’août 2022. Mais je ne mangerai pas que des tomates.

Et je dis aux paysans qui n’ont pas encore mis la clef sous la porte de la stabulation : courage.