Desmettre cherche à rouler dans la farine les enquêteurs

Repliés à Waldkirch pendant deux mois et demi, ils vont tous ensuite se disperser en avril 1945, chacun de leur côté. Rousseaux arrive avec Auguste et Le Goen à passer en Suisse par Annemasse en se faisant passer pour des « déportés du S.T.O. » On leur octroie même un peu d’argent. Ils se séparent à Paris.

Lors du procès du SD à Dijon, Rousseaux ne sera pas disert, cherchant à oublier, dira-t-il « les errements de sa jeunesse », lit-on dans La Liberté du 21 février 1955. Il faut dire qu’il n’avait que 16 ans… Certes. Mais cela n’excuse pas tout.

Quant à Desmettre, il est arrêté le 29 mai 1945 à Emmelingen. Et il est interrogé un jour plus tard. Voici la fable qu’il livre aux gendarmes. Nous la raccourcissons quelque peu. Après son stage à la caserne Mortier, il est dirigé vers Mulhouse puis Munich où il peut parfaire son instruction militaire. Intégré à la Wehrmacht, il part avec son groupe (environ un millier de Français) pour la Hongrie puis la Russie. Puis retour à Budapest où ils combattent contre les Russes. Ils se replient sur Berlin puis Vienne. Alors qu’ils allaient être encerclés par les Russes, ils se dirigent vers le Tyrol. C’est là, vers le 10 mai 1945, qu’ils terminent la guerre. Desmettre se met alors en tête de rejoindre la France. Ayant fait une halte à Waldkirsch, il est arrêté[1].

En résumé, avec ce scenario bien ficelé, Desmettre n’aurait plus séjourné à Lyon de 1943 à 1944 et n’aurait donc jamais intégré le GA de Hans Krekler. On imagine combien d’affabulateurs, de menteurs comme Desmettre les enquêteurs ont eu à interroger à la fin de la guerre et combien il a été difficile de démêler le vrai du faux.

Le 27 février 1946, Desmettre est cette fois-ci interrogé à Lyon par le juge Micolier. Que lui dit-il cette fois ? Il aurait quitté Lyon en août 1944 avec le P.P.F. Jusque-là, tout colle. Puis le P.P.F. repart, direction l’Allemagne, mais sans qu’il soit du voyage ! Il tente alors de les rejoindre et est accueilli en Allemagne comme « réfugié politique ». Il travaille dans une minoterie pour 100 à 150 marks par mois « jusqu’à l’arrivée des Alliés[2] » !

Est-ce lui qui roule le juge dans la farine puisque, dira-t-il, il n’aurait jamais appartenu au groupe de Français du SD puisqu’il a travaillé… dans la farine !

Il n’aurait jamais été embauché par Krekler, il ne se serait jamais rendu à Saint-André-Le-Gaz, il n’aurait jamais participé à l’arrestation du curé Boursier, etc. La preuve ? Son métier était celui de cuisinier, dit-il !

Des « Moi, je n’ai rien fait je vous le jure monsieur le Juge », il y en aura bien d’autres. Et c’est incroyable combien ils sont inventifs pour éviter de passer devant le peloton d’exécution.

Condamné à mort en novembre 1946 avec dégradation nationale et confiscation de ses biens au profit de l’État, Desmettre sera gracié[3], comme bien d’autres…

À suivre…


[1] AD Rhône, 394W 258 : PV de l’arrestation de C. Desmettre, 30 mai 1945.

[2] AD Rhône, 394W 258 : Interrogatoire de Desmettre par le juge Micolier.

[3] Même peine pour Geronimi, Pellerin, G. Richard, Touati, Haissemann, Hamouche, Garin-Michaud.