Nous avions écrit combien il nous semblait important que le musée de Cluny se penche sur ses collections et sorte des greniers les œuvres d’artistes clunisois tombés dans l’oubli[1]. C’est fait, le JSL du 21 novembre annonçant « la réalisation d’une salle de peinture dans le musée » pour 2023[2].

Bien. Maintenant, nous serions curieux de savoir si on pourrait également retrouver dans les collections un « bas-relief très remarquable », une œuvre de jeunesse du sculpteur Jean Dampt laquelle était référencée dans les années 1920 comme faisant partie « de la collection du musée de l’abbatiale de Cluny ».

L’École normale et le collège d’enseignement secondaire spécial de Duruy a donné des scientifiques de renom (un prix Nobel : Grignard, mais encore Mangin, Soret, etc), des poètes (Fabié), des explorateurs, des linguistes et des artistes. Et si on cherche aujourd’hui à honorer -via des noms des rues- des personnalités qui ont marqué notre ville, on vous le dit : la liste des élèves sortis de nos écoles (Duruy et Arts-et-Métiers) est inépuisable !

Jean Dampt, sculpteur

Jean Baptiste Auguste Dampt, né le 2 janvier 1854, est originaire de Venarey-les-Laumes (21) où son père exerce la profession de menuisier-ébéniste.

Tout gamin, Jean passe son temps dans l’atelier paternel. C’est là qu’il acquiert le goût du travail manuel.

Il fréquente tout d’abord l’école primaire de Grignon, village tout proche de Venarey. Comme le constate son instituteur, l’enfant semble doué : il commence à tailler des jouets en bois- et c’est sous l’influence ensuite d’un personnage influent du village -M. Meurgey- que les parents Dampt acceptent de laisser partir leur fils au collège de Semur-en-Auxois. Néanmoins, la vie d’artiste ne nourrit pas son homme, pense alors le père. C’est ainsi que Jean Dampt intègre le collège d’enseignement secondaire spécial de Cluny.

Là, il devait obtenir un diplôme sérieux lui permettant d’entrer dans la vie active.

Élève de Pierre Legrand à Cluny

Son père -ayant eu peut-être l’ambition d’en faire un notaire ou un professeur- fait fausse route. Et il aurait mieux fait -s’il en avait eu les moyens financiers- de laisser son garçon poursuivre ses études dans un lycée classique. Car Jean Dampt croise à Cluny sur sa route Pierre Legrand, professeur de dessin de « l’École Duruy ».

C’en est fait de la profession de professeur ou de notaire. De surcroît, Jean dira qu’il fût au collège de Cluny un « élève médiocre ». Toutefois, écrit son biographe Charles Moreau-Vauthier, Dampt développe à Cluny d’autres compétences : « À Cluny, Jean se prenait d’ardeur pour la mécanique. En ce collège créé par Victor Duruy dans l’ancien couvent, les enfants recevaient une instruction pratique en même temps que littéraire et scientifique. Les éducateurs de la jeunesse qui se vantent aujourd’hui de renouveler la vie scolaire, ignorent ou affectent d’ignorer que leurs idées, loin d’être neuves, ont été expérimentées en France il y a trente ans. Jean pensait moins à la sculpture ; il paraissait presque l’oublier, mais il apprenait à mieux connaître, à mieux manier les outils. Après la période de rêverie et d’essais instinctifs, ce séjour à Cluny où modestement il prétend n’avoir été qu’un élève médiocre, fut très heureux et très fécond pour lui. Le petit disciple (…) reçut une instruction plus technique et plus complète qui le préparait à ses travaux futurs. L’enfant ne se doutait point de la parenté qui unit l’art au métier. Il lui fallait encore de longues années d’études, de réflexion pour voir clair dans ses qualités de praticien et d’artiste. Quand il croyait négliger la sculpture, il s’enrichissait d’une maîtrise plus étendue, capable de lui assurer un champ plus vaste d’expression[3]. »

À la fin de l’année 1870, Jean sort de Cluny sans diplôme. Peu importe. Il s’est distingué au collège en obtenant le premier prix de dessin. Rentré au village, c’est encore M. Meurgey qui intervient pour lui auprès de son père : il faut que ce garçon intègre l’école des Beaux-Arts de Dijon puis parte pour la capitale. Nous sommes alors en 1874.

Jean Dampt « forgera ses outils, cisèlera l’or et l’argent, taillera ses meubles, construira sa maison, sera stucateur ivoirier, statuaire et orfèvre, fondeur et praticien, artiste dans l’universalité du mot » Et, on l’oublie parfois, il a également sculpté des monuments aux morts.

Soyez curieux et allez voir et admirer ses œuvres au musée des Beaux-Arts de Dijon, au musée des Arts décoratifs ou au musée d’Orsay. Et retrouvons ce bas-relief dans les greniers de Cluny, témoignage de son apprentissage auprès de Pierre Legrand.

« Dampt doit être considéré comme un des plus nobles artistes de ce temps : à un savoir considérable, il joint une conscience extrême et une véritable volonté de l’idéal » Joséphin Peladan (critique d’art).

Jean Dampt décède le 26 septembre 1945. Il obtient le deuxième prix de Rome en sculpture en 1877. Il est décoré dans l’ordre de la légion d’Honneur au grade de Commandeur par décret du 30 avril 1926.

Quelques oeuvres

– Buste de Edmond Aman-Jean, 1892, bronze, Musée du Petit-Palais de la Ville de Paris.
– L’Enfant aux cerises, 1904, ivoire et bois, Musée des Beaux-Arts de Dijon
– Baiser au chevalier (1920) Bronze, acier, ivoire, bois et cuivre.
– Le Baiser de l’Aieule (1893), Paris, Musée d’Orsay
– Buste de Marguerite Moreno
– Auto-Portrait
– Nouveau-né
– Jean Dagnan-Bouveret enfant (1895)
– Tête de bélier (1918)
– Avant la fantasia, souvenir de Tanger (1885)
– Le Petit Saint-Jean (circa 1870) Dampt, Jean Dampt, Jean Dampt, Jean


[1] Voir les anciens articles : « Édouard Sain (1830-1910), peintre clunisois 31 juillet 2020 et Joseph Caraud (1821-1905) : peintre clunisois, 15 février 2021.

[2] JSL, 21 novembre 2021.

[3] Le Progrès de la Côte d’Or, 22 octobre 1908. Voir la série d’articles de Ch. Moreau-Vauthier en octobre et novembre 1908.