80 ans après, un mémorial pour le camp d’internement de Noé, au sud de Toulouse

Jeudi 21 octobre 2021 – Par Mathieu Ferri, France Bleu Occitanie

« Ce camp a accueilli plus de 3.000 personnes, essentiellement réfugiés de la guerre d’Espagne et juifs, dont beaucoup sont morts en déportation. Mais depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les vestiges sont rares et les lieux de souvenirs quasi inexistants. Un mémorial est inauguré ce vendredi.

Le mémorial est inauguré ce 22 octobre 2021.
Le mémorial est inauguré ce 22 octobre 2021. © Radio France – Mathieu Ferri

« Il n’est jamais trop tard pour rendre aux victimes l’hommage qui leur est dû« , résume Serge Klarsfeld, invité jeudi 21 octobre du Musée Départemental de la Résistance et de la Déportation, à Toulouse. L’historien, défenseur de la cause des déportés juifs en France, sera présent pour l’inauguration du mémorial du camp de Noé (Haute-Garonne), ce vendredi 22 octobre. Une histoire qui reste méconnue, encore 80 ans après. 

Dans le camp d’internement de Noé, à une trentaine de kilomètres au sud de Toulouse, plus de 3.000 personnes ont été rassemblées, à partir du début d’année 1941 et pendant la seconde guerre mondiale. Les prisonniers sont d’abord des réfugiés de la guerre d’Espagne (1936-1939), souvent déplacés des camps des plages du Roussillon, où ils s’entassent. Il sont rejoints ensuite par des juifs victimes de la persécution du régime de Vichy, avec des rafles successives.

Environ 300 personnes mourront dans ce camp. Plus de 700 autres seront déportées dans les camps de la mort, dont elles ne reviendront pas. Le camp a ensuite accueilli des collabos, après la chute des nazis, et ne fermera qu’en 1947.

Sur site, il n’y a quasiment plus rien…

Pourtant, à Noé, cette histoire reste mal connue. Il faut dire qu’il ne reste que peu de vestiges. Même si une statue fait face au mémorial, encore faut-il la voir. « Je pense pas qu’on le sache trop qu’il y ait eut un camp de concentration. Je le sais parce que mon mari vient de Noé que j’ai su ce qu’il s’est passé », raconte une habitante. 

Le camp a fermé mais les baraquements sont restés là, quasiment intacts dans les années 50 et 60. Les vestiaires du stade ont pris place dans un ancien baraquement, tout comme l’actuel centre aéré. Le château d’eau, aussi était déjà là dans les années 1940.

Il y avait trois ou quatre morts dans la journée. (…) Ils allaient les enterrer dans le cimetière.

Les plus anciens, cependant, se souviennent. Andrée, 85 ans, se rappelle quand toute petite, elle voyait passer ses voisins, fossoyeurs au cimetière : « ils avaient des charrettes à bras, et parfois, il y avait trois ou quatre morts dans la journée. Ils les mettaient dessus, et ils allaient les enterrer dans le cimetière, côté juif« .

Andrée habite aujourd’hui à cinquante mètres du mémorial, dans une maison des années 1960, construite sur d’anciens baraquements, dont on voit encore quelques parpaings. Elle se souvient avoir vu les bâtisses : « je l’ai connu tout ça, les barbelés, etc.« 

La sculpture de Francis Berger, en souvenir du camp de Noé.
La sculpture de Francis Berger, en souvenir du camp de Noé. © Radio France – Mathieu Ferri

Un projet ancien

Mais parvenir à l’inauguration de ce mémorial a été un travail de longue haleine, explique Henri Farreny, représentant les familles de réfugiés espagnols. Il explique que la municipalité, vers les années 2010, a notamment été rétive, craignant une mauvaise image pour la commune. « La mairie ne voulait pas qu’on stigmatise Noé », estime Henry Farreny. Une opération d’urbanisme a même fait craindre que le moindre vestige disparaisse. « Mais petit à petit, la discussion a pu s’engager avec la mairie, et les réticences ont été surmontées » se satisfait Henri Farreny.

« Une histoire encore très douloureuse notamment parce que des habitants ont pu aider  ou retarder ailleurs », poursuit le représentant des familles de réfugiés espagnols. Mais aujourd’hui le devoir de mémoire local a bien commencé : « la ville de Noé dans son ensemble entend bien développer l’histoire de ce qui s’est passé, qui n’est pas une tâche » indélébile. Henry Farreny est en colère contre l’Etat qui se repose selon lui trop sur le travail des associations, il demande aux autorités de dresser la liste des personnes passées par ces camps comme Noé. 

Jusqu’à la création de ce mémorial, une sculpture en métal de plusieurs mètres de haut, réalisée par Francis Berger. Avec au sol, dans un marbre rose, des messages en six langues, dont le français, l’hébreu, l’espagnol, et l’allemand. Un mémorial à 70.000 euros, payé par le conseil départemental. »