Mitterrand : Francisque n° 2202

Dans « Ma part de vérité », François Mitterrand écrit qu’après avoir été prisonnier : « Rentré en France, je deviens résistant, sans problème déchirant. » Exit son passé aux côtés du Maréchal… et sa francisque[1].

Après la guerre, Bénouville, Frenay et Mitterrand seront favorables à la translation des cendres de Pétain à Verdun. Selon eux, cela aurait permis de réconcilier les Français.

À la Libération, tout ce petit monde -Bénouville, Frenay, Mitterrand- reste en contact. Dans l’ombre, Bénouville veille. N’oublions pas qu’il a aidé financièrement Mitterrand à la mise en place du Mouvement National des prisonniers et déportés via l’Américain Allen Dulles.

En bref, Mitterrand est un ami depuis les années collège et leur amitié ne cessera qu’à la mort de l’ancien président.

C’est au moment où Mitterrand devient ministre de la France d’Outre-Mer puis ministre d’État des gouvernements Pleven, Queuille et Faure, de 1950 à 1952, que des rumeurs se font jour au sujet de ses amitiés cagoulardes puis de son passé vichyste. 

En septembre 1954 Raymond Dronne -député de la Sarthe- rappelait à l’Assemblée nationale à François Mitterrand sa francisque. Il y a en effet de quoi s’interroger : nommé ministre de l’Intérieur, Mitterrand choisit trois amis de Bousquet pour travailler avec lui : Yves Cazaux, Jacques Saunier et Jean-Paul Martin[2].

« Les lieux de mémoire, loin d’être l’expression spontanée d’un souvenir collectif, sont avant tout le résultat d’un volontarisme politique. »

Nous sommes en mai 1981 et Mitterrand gagne les élections. Durant la campagne, le général Alain de Boissieu -gendre du général De Gaulle- avait contesté la réalité de sa résistance. Citant son beau-père, le général relatait ainsi :

« Après avoir travaillé avec Vichy, ce qui lui valut la francisque, il prit contact avec la Résistance, puis les services alliés, enfin avec les nôtres de la France libre, avant de se remettre entre les mains des services britanniques. » Et il poursuivait ainsi : « Il aura mangé à tous les râteliers, il se sera comporté pendant toute cette période de sa carrière comme un arriviste et un intrigant[3]. » 

Le général De Boissieu démissionnera de ses fonctions de grand chancelier de l’ordre national de la Légion d’honneur le 12 mai 1981. Il souhaitait, en cas d’élection de F. Mitterrand,  » ne pas avoir à remettre lors des cérémonies d’installation à la magistrature suprême le collier et le grand cordon de la Légion d’honneur  » à un homme qui insulta le général de Gaulle « , selon un article du Monde paru le 6 mai 1981. 

Selon Philip Short dans son ouvrage « François Mitterrand : portrait d’un ambigu », l’affaire fit grand bruit et le général de Boissieu fit ensuite « machine arrière ». Toutefois, poursuit l’auteur, « c’était un signe avant-coureur de ce qui arriverait par la suite. »

Une rose pour Jean Moulin…

Lors des cérémonies officielles du 21 mai 1981, le nouveau président choisit de déposer une rose au Panthéon sur le tombeau -entre autres- de Jean Moulin. Le décor est planté. Adieu Vichy et la francisque. Mitterrand veut donner à la France l’image d’un résistant de la première heure, image qu’il a déjà peaufinée dans les terres morvandelles dès son élection comme député de la Nièvre et plus exactement à Dun-les-Places, village martyr où vingt-sept personnes furent massacrées[4].

Le Journal du Centre. Mitterrand à Dun-les-Places.

Plus tard, il choisira de se rendre en Bretagne, à Beg-an-Fry, là où il débarqua en février 1944 après son séjour en Angleterre.

Le Télégramme. Beg-an-Fry, « haut-lieu de la Mitterandie ».

Après son élection en 1981, les attaques doublent d’intensité : Alain Madelin, Jacques Toubon et François d’Aubert mettent en cause le comportement de Mitterrand pendant la guerre et révèlent qu’il avait dirigé, pendant quelques mois, un journal détenu par Eugène Schueller[5], patron de L’Oréal et ancien financier de la Cagoule.

Après Jean Moulin, le Morvan, le Finistère, c’est l’histoire de sa belle-famille résistante et de Berty qui sortent du chapeau.

À suivre…


[1] Mitterrand, comme tous les autres décorés de la francisque prête ainsi serment : « Je fais don de ma personne au Maréchal Pétain comme il a fait don de la sienne à la France. Je m’engage à servir ses disciplines et à rester fidèle à sa personne et à son œuvre ». Ses deux parrains sont deux membres de La Cagoule : Gabriel Jeantet, membre du cabinet du maréchal Pétain et Simon Arbelloti. Au sujet de cette décoration reçue par F. Mitterrand, Jean Munier (résistant et ami de Mitterrand) et son épouse diront : « Il n’a jamais réclamé la francisque. Le Maréchal la décernait généreusement à ceux qui s’occupaient des jeunes et des prisonniers, ce qui était le cas. Le jour même il m’a dit : « je l’accepte. Cela pourra me servir ».  

[2] François Mitterrand fidèle à ses « collabos » in https://www.lepoint.fr/histoire/francois-mitterrand-fidele-a-ses-collabos-09-10-2016-2074610_1615.php

[3] Le Monde, 9 mai 1981, cité par Henry Rousso, p. 209. » in Gourlay, Patrick. « Beg-an-Fry, un Solutré maritime ? La construction d’un lieu de mémoire de la Mitterrandie en Bretagne », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, vol. 102, no. 2, 2009, pp. 145-157.

[4] Élu député, Mitterrand se rend dès 1948 à la cérémonie du village martyr. Élu président de la République, il choisit de se rendre pour sa première sortie officielle en province à Dun-les-Places.

[5] Chronique constitutionnelle française (revue Pouvoirs), n° 30, p. 159.