Frenay, Danielle et François

Frenay, comme Bénouville, gardera des liens indéfectibles avec la famille Gouze-Mitterrand.

À la Libération, Frenay engage Madeleine plus connue sous le nom de « Christine Gouze-Rénal » comme secrétaire dans son ministère des prisonniers, déportés et réfugiés. Il salue son « intelligence, son entregent, son autorité naturelle, servie par sa beauté souriante[1]. » Madeleine, avant la Libération, avait déjà des liens avec des proches de Bénouville, et pas des moindres. En 1943, elle avait fondé la société « Les films historiques[2] » avec Armand Magescas.

Madeleine vit au 14 de la rue Campagne-Première, dans l’appartement où F. Mitterrand remarquera une photographie de Danielle, sa future épouse.

Cagoulard important, selon P. Péan, Magescas assura la liaison « entre Deloncle (en prison), sa femme Mercédès et les cagoulards réfugiés en Espagne, comme Filliol, Corre et Jacques Corrèze. En 1937, il fait de l’espionnage au profit des Allemands (Abwehr) et il a été introduit auprès de Franco. Pour finir, il est également agent de l’Office de vigilance et de répression de l’antifascisme (OVRA), organisme secret fasciste italien en 1939[3].

Bénouville recrutera « son ami de toujours » Magescas pour Combat en avril 1943. En juin 1943, c’est Madeleine Gouze, dit Bénouville, qui vient lui apprendre l’arrestation de Berty. Magescas, à cette époque, habite rue Tronchet.

Frenay a connu Danielle alors qu’il était hébergé chez ses parents. En avril 1943, il rencontre une fois Mitterrand à Mâcon ou à Charnay-les-Mâcon. Berty est présente.

Le 28 octobre 1944, Frenay est témoin au mariage des Mitterrand, célébré le 28 octobre à l’église Saint-Séverin[4]. Il sera ensuite -avec son épouse- parrain et marraine du fils Mitterrand[5].

Comme les Gouze, Bénouville et Frenay présenteront une histoire erronée des faits.

Tous diront que Berty est partie de Cluny le 28 au matin et non pas le 27 pour aller dormir à Saint-Laurent-sur-Saône chez le couple Vaillant. Pourquoi mentir sur la date du départ ?

À l’instar de Frenay, la famille Gouze ne fera aucune allusion à la réunion des MUR mais seulement au rendez-vous fixé à Mâcon.

Mais le point le plus important qui pose question, c’est la perquisition dont Frenay parle si peu dans ses Mémoires.

Comment l’Abwehr a-t-elle eu connaissance de l’adresse de Cluny ?

Selon les Gouze, ils auraient reçu un courrier de Mireille Albrecht de Suisse et l’auraient remis à Berty le matin même de son départ pour Mâcon. Cette version correspondrait à celle de l’agent Kramer qui déposera au procès de René Hardy : « On trouve dans son sac à main l’adresse de Frenay (Cluny)[6]. » 

Mireille ne parlera pas de cette fameuse lettre qu’elle aurait rédigé depuis la Suisse. Et pourtant, une dernière lettre à sa mère, c’est une chose qu’on n’oublie pas.

Mireille dira seulement que sa mère avait promis de lui écrire et qu’elle ne reçut jamais aucune lettre d’elle.

Mais elle est fine mouche lorsqu’elle écrit que sa mère n’aurait pas commis -pour sa sécurité et celle de Frenay- une telle bévue : « Peut-on imaginer un seul instant une chose aussi stupide ? (…) Le B.A. B.A de la vie clandestine était de n’avoir sur soi ni adresses, ni photos[7]. »

Le garde champêtre situe l’arrivée des agents de l’Abwehr à 14H30. Il appelle à la rescousse les gendarmes. Lorsque ceux-ci arrivent route de Salornay, au pire, il est 15H au maximum. Cinq individus armés ont pénétré, avec violence chez les Gouze. À 15H, Moog et ses acolytes repartent avec une caisse de documents et objets.

La version des Gouze est totalement contradictoire.

D’une part ils auraient eu le temps de faire disparaître des documents et objets compromettants. Alors qu’un « véritable ouragan déferle[8] », Danielle cache ainsi avec son père la machine à écrire, les stencyls vierges « et tout ce qui pourrait révéler nos liens[9]. »

À suivre…


[1] Frenay Henri. La nuit finira. Paris : Robert Laffont, 1973, 607 p., p. 483.

[2] Société dont l’objet est l’étude, la préparation et la réalisation de tous films cinématographiques. Magescas avait vendu à son ami cagoulard Deloncle sa société d’éditions le 28 juin 1941.

[3] Péan Pierre. Vies et morts de Jean Moulin. Paris : Fayard, 1998, 715 p., p. 185 et p. 188.

[4] https://www.mitterrand.org/Danielle-Mitterrand-par-elle-meme.html

[5] Gilbert né en 1949 selon Charles Benfredj dans L’Affaire Jean Moulin : La contre-enquête. Toutefois, les relations entre les Mitterrand et le couple Frenay ne sont plus au beau fixe à la fin du printemps 1945 lorsqu’éclatent les manifestations contre le ministère Frenay.

[6]Chauvy Gérard. Histoire secrète de l’Occupation. Paris : Payot, 1991, 349 p., p. 178.

[7] Albrecht Mireille. Vivre au lieu d’exister. Monaco : Éditions du Rocher, 2001, 440 p., p. 431.

[8] Mitterrand Daniele. En toutes libertés. Paris : Éditions Ramsay, 1996, 350 p., p. 31.

[9] Idem., p. 32.