Bénouville, trop bien informé…

Le 28 mai, comment Bénouville apprend-il la nouvelle ? À son secrétariat « à la Favorite ». Il court prévenir Frenay. Or celui-ci dira que c’est Peck qui vient lui-même lui annoncer la nouvelle[1]. Qui dit vrai ?

Le 17 juin, Bénouville transmet en Suisse deux informations capitales à Philippe Monod et au général Davet[2]

  • Berty a été transférée à Fresnes où elle a été exécutée à la hache quarante-huit heures après. Selon Bénouville, Berty serait décédée « il y a eu exactement huit jours dimanche », soit le dimanche 13 juin, jour de la Pentecôte.
  • « L’avis de décès a été communiqué par la Gestapo à la préfecture de Mâcon qui l’a transmise [sic] à ses anciens logeurs[3]. »
  • Madeleine Gouze serait accourue chez lui pour l’avertir. Ses parents auraient reçu à Cluny l’avis de décès, via la préfecture de Mâcon[4].
  • Les Gouze auraient reçu les effets de Berty.
  • Frenay serait parti à Londres sans connaître la nouvelle.

Dans ces informations données par Bénouville, il y a plusieurs os et qui sont de taille :

  • Berty est décédée le 31 mai et pas le 13 juin.
  • La famille Gouze n’a jamais été avertie en juin que Berty était décédée pour la bonne raison que les renseignements généraux de Mâcon et la mairie de Cluny n’ont été mis au courant que début juillet 1943.

Le maire de Cluny transcrit l’acte de décès de Berthe Wild, épouse Albrecht, le 3 juillet tandis que les RG de Mâcon peuvent enfin, le 5 juillet, faire un rapprochement avec la femme qui a été arrêtée le 28 mai à Mâcon et celle qui vivait chez Gouze.

Jusqu’au 3 juillet, on n’a donc pas encore pu officiellement mettre un nom sur la femme qui a été arrêtée à Mâcon.

Il est donc très étrange que Bénouville ait eu l’information dès la mi-juin. Et pourtant il a bel et bien connaissance du décès de Berty puisqu’il fait même donner une messe le 19 ou le 20 juin à Lyon à la chapelle Saint-Bonaventure ». S’y rendent : Bénouville et sa fiancée, Bourdet, Baumel, et quelques autres[5]

Poursuivons avec Bénouville, puisqu’il semble avoir des informations de première main :

Il est impossible que les Gouze aient reçu les effets de Berty en juin 1943.

C’est à la fin des années 1950 que Mireille Albrecht recevra un paquet transmis par la Croix-Rouge contenant l’alliance et la montre de sa mère et une enveloppe avec la signature de Berty. La Croix-Rouge ne put renseigner Mireille sur la provenance des bijoux[6].

Puis, en 1965, c’est au tour de la famille Baron de Mâcon de prendre contact. Ayant obtenu l’adresse de Mireille, elle enverra les effets laissés par Berty à la bijouterie le matin du 28 mai[7].

Bénouville s’enfonce encore plus. Très clairement, il a obtenu des informations sur la mort de Berty. Quand ? Avant tout le monde. Par qui ? Par Edmée Deletraz ? Par Groussard ? Par l’agent double Raymond Richard ? Quel rôle a-t-il joué depuis le début dans cette affaire ?


À suivre…


[1] Frenay Henri. La nuit finira. Paris : Robert Laffont, 1973, 607 p., p. 332.

[2] Baynac Jacques. Les secrets de l’affaire Jean Moulin. Paris : Seuil, 1998, 511 p., p. 219.

[3] Idem.,

[4] Ibidem., pp. 219-220.

[5] Missika Dominique. Berty Albrecht, féministe et résistante. Paris : éditions Perrin, coll. Tempus, 2005, 365 p., p. 302. Voir également Baumel Jacques. Résister. Histoire secrète des années d’Occupation. Paris : Albin Michel, 1999, 457 p., p. 338.

[6] Mireille. Vivre au lieu d’exister. Monaco : Éditions du Rocher, 2001, 440 p., p. 409.

[7] Idem., p. 411.