L’habitat de nos campagnes

« Les lits des habitants de la campagne n’étaient composés autrefois que de paille ou de ballots (balle d’avoine), avec une couverture d’étoupe et un pan de mauvais rideaux clairs d’une étoffe particulière. Aujourd’hui, ils couchent pour la plupart sur la plume d’oie ou de poulet, quelques-uns y ajoutent même un matelas d’une paillote de maïs ; leurs lits sont entourés de bons rideaux en tiretaine jaune.

La population rurale, composé en majeure partie de cultivateurs et de vignerons, est généralement mal logée ; leurs habitations sont pour la plupart basses et humides.

La pierre n’entre que rarement dans leur construction ; le bois, le torchis, en font tous les frais ; la pièce principale, celle où se trouve le foyer, offre seule une étendue suffisante. L’absence de pavage et de cave y entretient une humidité constante ; comme il n’existe pas d’éviers, il arrive fréquemment, que les eaux ménagères que la paresse y fait jeter et laisser forment au milieu de la chambre une mare stagnante, véritable cloaque d’où échappent, surtout pendant les chaleurs de l’été, des émanations pestilentielles. La proximité des étables vient encore ajouter à ces causes nombreuses d’insalubrité et de maladie.

Les autres pièces de l’habitation méritent à peine ce nom ; ce ne sont, à vrai dire, que d’étroits cabinets où l’on voit entassés, deux, trois, et jusqu’à cinq lits ; le jour n’y pénètre que par une petite ouverture. Encore, à l’approche du froid prend-on la judicieuse précaution de boucher hermétiquement ce simulacre de fenêtre, ce qui vient encore accélérer la viciation de l’air.

Il y a vingt-cinq ou trente ans encore, que l’on voyait au milieu des chaumières de la Bresse des cheminées olarges, sans contre-coeur, placées ordinairement au beau milieu de la salle, et qui avaient le double inconvénient de remplir la maison de fumée pendant le jour, et de donner pendant la nuit un libre accès au froid, à la pluie et à la neige.

Les habitations à cette époque étaient toutes couvertes en chaume, jusqu’aux églises de certaines communes, construites comme les autres édifices, en bois et en foissés, c’est-à-dire en claies enduites de terre. Ce genre de construction commence à être abandonné : la pierre, la brique et la tuile remplacent le bois et le chaume ; l’usage des poêles en fonte est aussi très répandu. On ne brûle guère que du bois et quelque peu de tourbe : la houille n’est employée que dans le Louhannais. »  

La Bourgogne par A. Ducourneau et A. Monteil.