Paul Giloux est né à Château en 1895. En 1914, il exerce la profession de viticulteur à Chasselas. avec son épouse, Marie Plassard.

En janvier 1914, il s’engage pour cinq ans. « Matelot canonnier d’élite », il est décoré de la médaille militaire, de la croix de guerre, de la légion d’Honneur. Mutilé de guerre, il est renvoyé dans ses foyers le 27 mars 1919 :

Fiche matricule Paul Giloux.

En 1921, il épouse Marie Plassard (1897-1988). Le couple s’installe à Château, à proximité des parents (Jean Giloux et Marie Bressan) et de la fratrie (Jean, Marie, Jeanne-Marie et Marie). Presque aveugle, Paul Giloux devient maire du village où son épouse exerce comme institutrice.

Paul et Marie auront deux fils : Maxime Eugène dit « Max », né le 8 août 1922 et Yvon Jean-Claude, né le 2 juin 1926.

Max : élève-mécanicien à Rochefort/Mer

Après avoir obtenu son « certif » en 1934 à Mâcon, Max intègre la Prat’s le 1er octobre 1936.

Il y reste trois ans et obtient en juillet 1939 son brevet d’enseignement professionnel. Il poursuit ses études de mécanicien dans l’armée de l’Air à l’École de Rochefort-sur-Mer.

Pour ne pas partir en S.T.O., Max s’est embarqué pour Blida d’où il a rejoint Londres. Il a été formé au déminage avec des volontaires de différentes nations. Il est prévu qu’il participe au débarquement mais, à la suite d’un exercice de saut en parachute qui s’est terminé dans la Tamise, il est atteint d’une pneumonie en juin.

Max à Londres, formation dans les démineurs.

Il ne débarquera en France qu’en août. Il passera trois ou quatre jours à Château après la mort de son frère[1].

En 1947, il reprend un engagement dans l’armée et part en Indochine.

Yvon : La Prat’s, les Arts, le maquis

Après l’école primaire de Château, Yvon -son cadet- le rejoint à La Prat’s le 1er octobre 1938. En juillet 1942, il est en 4e année préparatoire aux Arts-et-Métiers. Il obtient haut la main son brevet d’enseignement industriel puisqu’il est classé 1er avec un total de 215 points. Ses copains de promotion s’appellent Roger Herrmann et Guy Josserand. Ils seront recalés tous deux à l’examen.

Yvon réussit le concours d’entrée aux Arts-et-Métiers de Cluny en 1943. Il a dix-sept ans.

Il aurait dû sortir diplômé de l’École en 1946.

Son destin sera tout autre puisque, comme son père en 1914 et son frère, il a choisi de combattre.

Tué à Laives par l’aviation alliée

Au maquis, Yvon, c’est « Nounous ».

Le 4 septembre 1944, les compagnies, celle de Fruitier, de Du Chaffaut et de Janiack (F.T.P.), que Tiburce oublie ouvertement de citer quand il retrace l’historique de l’opération, quittent Cluny.

En effet, après la « prise de Mâcon », un « fort contingent » d’Allemands stationne encore à Sennecey (2 000 hommes selon Paul Huot[2]) ; il s’agit donc de couper leur retraite en pénétrant dans l’agglomération par l’ouest.

Or, « la libération de Sennecey s’est payée au prix fort[3]. »

Dans l’histoire du Commando de Cluny, les Anciens du 4e bataillon de choc racontent la suite[4] : Au moment de midi, les gars cassent la croûte sur la route, à Laives précisément : pain, sardines et boîtes de singe -distribuées la veille- composent leur repas.

Au même moment, les avions alliés survolent la Nationale 6 pour attaquer les convois allemands. Les résistants ne se méfient pas et continuent leur repas se réfugiant dans les fossés des alentours.

Mais leurs véhicules, stationnés à proximité, ne portent aucun signe distinctif de reconnaissance et les Alliés, les confondant avec l’ennemi, les mitraillent.

 « Par vague de trois, ils nous mitraillent à plusieurs reprises. » Il ne faut que le courage d’un maquisard qui prend un drapeau tricolore et l’agite au milieu de la route pour que les Alliés comprennent leur méprise. Les pertes auraient été plus importantes encore « si les hommes avaient été groupés autour des camions[5]. » 

Giloux est blessé, tandis que Claude Lemière (1907-1944) est tué. Famille d’un courage exemplaire, les Lemière sont bien connus dans la cité abbatiale pour avoir sauvé de la déportation Claudine Oferman et sa sœur Annette lorsque les Allemands sont venus rue Prudhon, sur dénonciation, arrêter le père (Jacques Oferman), puis la mère (Fanny Rotbart).

Giloux, ramené à l’hôpital de Cluny, y décède un jour plus tard. Il est inhumé dans le carré des corps restitués, au cimetière communal, à Cluny.

Il obtient la mention « Mort pour la France » transcrite sur l’acte de décès[6] et fut homologué comme soldat des Forces françaises de l’intérieur (FFI) [7].

Le nom d’Yvon Giloux est inscrit sur le Mur de la résistance à Sennecey-le-Grand, sur les Plaques Commémoratives et Publications de la Société des Ingénieurs Arts et Métiers et sur le monument aux morts de Château.


[1] SHD Vincennes, cote GR 16 P 256169.

[2] Huot, Paul. J’avais 20 ans en 1943. Les Chantiers de Jeunesse, Le Maquis, Le Commando de Cluny-4e Batailllon de Choc (1e armée-Général de Lattre de Tassigny. Anglet : éditions Sauve Terre, 2001, 217 p., pp. 82-83.

[3] Martinerie, Jean. Éléments pour une approche historique de la résistance en Clunysois et lieux circonvoisins. Beaubery : imp. Turboprint, 2010, 311p., pp. 262-263.

[4] Fault pas y craindre. Histoire du Commando de Cluny, 4e bataillon de choc racontée par ses Anciens. Mâcon : éditions B.R.A., 1974, 205 p., pp. 72-73.

[5] Idem.

[6] Service historique de la Défense, Caen, cote AC 21 P 193125.

[7] Homologué FFI, SHD, cote GR 16 P 256173.