Nous avons publié récemment une notice consacrée au chef du réseau Centurie, Marcel Berthelot. Celle-ci est dédiée au Lieutenant-colonel Pierre Wald qui a appartenu, dans le département de la Vienne, au même réseau.

Nous remercions chaleureusement le Lieutenant-colonel (R) Guy Thomas, des TDM, Chevalier de la L.H. Officier de l’O.N.M., qui nous a confié les photographies de P. Wald et qui a largement contribué à la rédaction de l’article. Lors de sa création, nous souhaitions que ce blog soit un lieu de partage de connaissances. Cela se réalise chaque jour un peu plus et nous en sommes heureux.

Une enfance à Hanoï

Pierre, Gaston, Lucien Wald est né le 17 mai 1910 à Chen, un quartier d’Hanoï, au Tonkin (Vietnam). Son père, Fernand Victor Wald a épousé Chung Thiba. Pierre a une soeur : Lucienne Paulette Wald (1911-1999). Leur père exerce la profession de “commis principal” à Hanoï.

Rue de la soie, Hanoï

L’Atlas Colonial Illustré décrit Hanoï (vers 1925) comme : « la capitale et la ville la plus peuplée du Tonkin, au centre d’un réseau de navigation, sur le song-Koi ou fleuve rouge et à 150 km de la mer. Sa population est de 105.000 habitants : 3000 européens, 100.000 annamites et 2000 chinois. Entourée de levée de défense et de belles promenades, elle englobe une centaine de villages et se divise en 7 quartiers, plus un extérieur. C’est une ville importante et coquette; on y trouve un quartier européen et une ville indigène. Une partie de la population est flottante ; elle vit sur les jonques et les bateaux. Les rues de la ville européenne sont dallées de marbre. Un petit lac intérieur lui donne un aspect pittoresque et charmant. Elle est appelée à devenir le siège du gouvernement de l’Indochine[1]. »

Le 2 janvier 1928, leur père décède.

La Prat’s, les Arts, l’armée

Dans les années 1920, Pierre est venu faire ses études en métropole et il vit à Virieu-le-Grand dans l’Ain, chez son tuteur le docteur Brandstetter. Il a obtenu son “certif” en 1922 et il est alors scolarisé à l’École primaire supérieure de Belley.

Pierre intègre La Prat’s en octobre 1924. Excellent élève, il réussit le concours d’entrée aux Arts-et-Métiers de Cluny en 1927. Le jeune homme a donc côtoyé, à La Prat’s et aux Arts, Roger Mandrillon qui appartiendra au Régiment d’Artillerie Divisionnaire, unité 16 et qui décédera à bord du Siroco. Nous lui avions consacré un article : « Roger Mandrillon du 16e R.A.D., Prat’sien et Gadz’art. »

Cluny, Arts-et-Métiers, 1929. Pierre, à gauche, pose avec un autre gadz’art.

Il sort des Arts-et-Métiers trois ans plus tard. L’AHCLAM nous a fourni les traces de son passage :

En octobre 1931, Pierre incorpore le 28e R.A.D. Cette même année, il est admis au brevet de préparation militaire supérieure et il sera nommé au bout de cinq mois brigadier-chef.

En 1932, il est  nommé au grade de sous-lieutenant de réserve (artillerie métropolitaine).

Pierre à l’école d’Artillerie de Fontainebleau en 1934.

En 1935, il  est admis dans l’armée active avec grade de sous-lieutenant puis lieutenant en 1937 (20e régiment d’artillerie).

En août 1939, il embarque avec son régiment pour la Syrie. Il est rapatrié en septembre 1941.

En 1942, il participe à un stage à Uriage où se trouve l’École nationale des cadres de la jeunesse.

La résistance

En 1943, Pierre Wald appartient à l’O.C.M. Il est adjoint au chef régional du réseau Centurie pour la Vienne : Jean Musso.

Ce dernier organise le réseau à partir de 1941. Avec un noyau d’agents, il fabrique des faux papiers et transmet des renseignements. Le 1er juillet 1942, Musso devient le chef du réseau Centurie et en 1943 le chef de l’organisation civile et militaire pour la Vienne (O.C.M). “Le 1er avril 1943, il confie l’organisation du secteur nord au capitaine Wald et le secteur sud au capitaine Kraffe. La recherche de résistants et de terrains de parachutages permet d’équiper huit terrains notamment à Savigny-l’Evescault, Mignaloux, Quinçay, Charroux et l’Isle-Jourdain[2].”

Liste des membres du réseau Centurie

Musso est arrêté le 9 août 1943 avec plusieurs membres du groupe Centurie de la Vienne. Pierre Wald n’échappera pas au coup de filet qui décapite l’O.C.M. et Centurie dans la Vienne : il est arrêté à Paris par la Gestapo en octobre 1943, sur dénonciation.

Il est emprisonné à la prison de Poitiers[3] avec ses camarades de lutte Frédéric Jouffrault, Jean Musso, Hubert Kraffe de Laubarède, le père Lucien Metzinger et Bouriau[4]. Toujours selon le témoignage de Jouffrault, ils rejoignent la prison de Breslau (capitale de la Silésie) où ils restent 2 à 3 jours. Ils gagnent ensuite la prison de Wohlau puis celle de Kaisheim. À Kaisheim fin août 1944, les « NN » reçoivent leur acte d’accusation : ils doivent être exécutés. Cela ne se produit pas.

Les hommes sont ensuite déportés à  Dachau fin janvier 1945. Tous seront libérés par les américains en avril 1945.

De Dachau à l’Algérie

Pierre est réintégré et promu capitaine en juin 1946 au 15 ème R.A. en Allemagne, puis il sert en Tunisie en 1948 au 5ème GAOA. En 1949, il épouse Marie-Thérèse Paguet ; ils auront cinq enfants. Il est promu chef d’escadron en avril 1952.

Il est affecté au 62ème R.A. à Landau (Allemagne) en 1953 et promu au grade de Lieutenant-colonel en décembre 1959. ll sert ensuite au Maroc et en Algérie (Oran et Merz El Kebir) jusqu’en 1962. Il est affecté à la compagnie administrative régionale n° 7 (CAR n° 7) en mai 1963.

Il décède le 20 juillet 1963 des suites de maladie contractée au cours de sa déportation de 1943 à 1945.

Pierre Wald est reconnu “Mort pour la France” le 31 août 1971 par décision ministérielle.

Nous dédions cet article à l’épouse de Pierre Wald. Nous la remercions pour le prêt des documents ici présentés.


[1] http://belleindochine.free.fr/hanoi.htm

[2] https://www.vrid-memorial.com/lorganisation-civile-et-militaire-dans-la-vienne-o-c-m-commandant-musso/

[3] Jouffrault, Frédéric. Une vie libre. Paris : Nouvelles éd. latines, 2004, 252 p.

[4] René Marc Bouriau, né en 1910 à Brigueil-le-Chantre (Vienne) meurt à Breslau le 25 mai 1945.