Georges Planche est né le 18 octobre 1921 à l’Arbresle, dans le Rhône. Il a une sœur -Juliette-Gabrielle- née en 1920. Selon le recensement de 1921 -Louis- leur père est « industriel en soie » à l’Arbresle. Toute la famille Planche vit à cette époque rue de l’Épi.

En octobre 1933, Georges a douze ans et il intègre La Prat’s. Bon élève, il réussit l’entrée aux Arts-et-Métiers de Cluny en 1941. Il a alors vingt ans et la famille a déménagé au 30 rue Carnot à Montceau-les-Mines en Saône-et-Loire. Le père travaille alors comme inspecteur dans les assurances.

Georges aurait dû sortir diplômé des Arts en 1944. La guerre en a décidé autrement.

La résistance en 1943

Toute sa famille a connu et vécu la Première Guerre mondiale. Son grand-père paternel Pierre meurt en 1916 : il était chef de bataillon, officier de la légion d’Honneur. Ses deux oncles paternels meurent sur le front : Georges en 1914 et Émile en 1915.

L’histoire familiale pèse lourd dans le choix que fait Georges en 1943 : entre le S.T.O, c’est-à-dire travailler pour l’Allemagne[1] ou partir pour le maquis, il n’a pas d’hésitation.

Sa destination ? La Haute-Savoie. Du côté d’Habère-Lullin où les réfractaires au S.T.O. sont alors employés dans le secteur comme bûcherons.

Selon Michel Germain, la résistance en 1943 est bien implantée dans la vallée verte : « Début 1943 (…), la Résistance s’est structurée avec un groupe A.S. à Boëge (…) et des groupes F.T.P. à Habère-Lullin et Habère-Poche. (…) Au début d’octobre A.S. et F.T.P. avaient réalisé leur union, bien avant les F.F.I., sous la direction d’un Comité cantonnal de Libération comptant sept membres[2]. »

Le dernier Noel de Georges Planche

Le destin de Georges Planche et de ses camarades, on ne le connaît que trop bien puisque c’est à Habère-Lullin les Allemands assassinèrent vingt-cinq hommes le 25 décembre 1943.

Depuis novembre 1943, les jeunes organisent des bals le dimanche. Pour la fin de l’année, ce sera le 25 décembre 1943 au château d’Habère-Lullin. Quoi de plus normal, même en temps de guerre, et puis, n’est-ce-pas Noel ? Loin de sa famille, de l’abbaye de Cluny, de ses copains gadzarts, la vie pour Georges malgré tout continue. On se rappelle que le 13 février 1944 au soir, les jeunes de Cluny décideront également de braver l’interdit, les bals étant proscrits par les autorités de Vichy. Au petit matin, les Clunisois trouveront leur ville encerclée par les Allemands.

Au château d’Habère-Lullin, la fête bat son plein alors que le résistant F.T.P. Romain Baz a demandé à ses gars de faire évacuer par précaution le bal.   

Il aurait été prudent de suivre le conseil car le groupe a en effet été dénoncé : il y a à Habère-Poche la jeune et belle Odette, celle qu’on surnomme « La Marseillaise » et son mari, tous deux agents de la Kriegsmarine de Toulon et un autre traître -Guy Cazeaux[3]. Ce dernier est arrivé à infiltrer le groupe d’Habère-Lullin. « La Marseillaise » se doute que le bal se passera au château et Cazeaux confirme l’information à Lottmann. Il lui précise même qu’il y aura de jeunes maquisards armés[4]. Pour le capitaine Lottmann, l’occasion est trop belle et c’est un détachement du 28e régiment de police Todt qu’il envoie au château vers vingt-trois heures.

Certains jeunes, sur les conseils des F.T.P. ont quitté le château et ont rejoint les bois des environs. D’autres, plus enclins à continuer la fête, ont décidé de rester au bal. Ils sont près de quatre-vingts à danser avec, parmi eux, « La Marseillaise » et Cazeaux. Vers une heure du matin, les Allemands attaquent.

Ils seront une trentaine à pouvoir s’échapper par les jardins. Les autres connaissent un autre sort : Cazeaux doit indiquer aux Allemands les habitués du château et il le fait, une fois l’uniforme allemand revêtu. Lottmann les interroge. Que cherche-t-il ? les armes, fruit d’un parachutage récent et les « terroristes ». Celles et ceux que Cazeaux ne pointent pas du doigt sont épargnés et embarqués dans des camions[5]. Les autres connaissent une fin tragique : ils sont vingt-trois à être mitraillés dans une salle. Georges Planche en fait partie[6]

Le carnage n’est pas terminé puisque les Allemands incendient ensuite le château. Les corps carbonisés non identifiables en seront retirés trois jours plus tard et ils seront inhumés dans une fosse commune au cimetière d’Habère-Lullin le 31 décembre.

Vingt-six autres jeunes sont internés à la prison du Pax à Annemasse. Huit seront déportés. Ils seront deux à revenir.

Stèle à Habère-Lullin

La mort pour les traîtres

Les représailles ne se font pas attendre : la résistance condamne à mort et exécute « la Marseillaise » et son mari six jours après la tragédie. Quant à Cazeaux, condamné à mort par le tribunal militaire de Lyon le 6 octobre 1948, il tente de s’évader en décembre de la même année de la prison Montluc[7]. En prévision de l’évasion, les fers qu’il avait aux pieds avaient été enlevés, preuve que le traître bénéficiait de complicités à l’intérieur même de la prison. Cazeaux est rattrapé à temps : il sera exécuté le 29 juillet 1949 au fort Montessuy.


Dans le caveau de la famille Planche à l’Arbresle, le nom de Georges repose à côté de celui de son grand-père, de celui de son père et de ceux de ses oncles « Morts pour la France ». Son nom est également inscrit sur les plaques commémoratives des Arts-et-Métiers de Cluny. Georges ne semble pas avoir obtenu la mention « Mort pour la France ».


[1] Le 16 février 1943, la loi sur le S.T.O. stipule que « tous les jeunes âgés de 20 à 22 ans peuvent être envoyés en Allemagne, qu’importe leurs qualifications. » Georges Planche est concerné puisqu’il a fêté ses 22 ans en octobre 1943.

[2] Germain, Michel. Le sang de la barbarie. Chronique de la Haute-Savoie pendant la Deuxième Guerre mondiale- septembre 1943-26 mars 1944. Montmélian, La fontaine de Siloe, 2001, 335 p., p. 121.

[3] Gardien de la Paix à Bordeaux passé au service des Allemands. Après avoir travaillé pour Barbie, on le retrouve en décembre 1943 aux côtés du capitaine Lottmann, basé à Annemasse.

[4] Germain, Michel. Le sang de la barbarie…, op.cit., p. 122.

[5] Idem., p. 125. Neuf femmes (dont La Marseillaise) sont emmenées ainsi que dix-sept hommes. « La Marseillaise » sera relâchée.

[6] Ils assassinent également Nicolas Contet, 19 ans, qu’ils avaient rencontré en montant au château et Eugène Duret -fromager- qui ravitaillait le maquis.

[7] Cazeaux tente de s’évader avec un autre détenu, Bernard Foisset (dit « Timbre vert »), agent des services d’espionnage des services allemands à Belfort. Foisset était responsable de nombreuses arrestations. Il avait également dénoncé des enfants que l’on retrouvera dans un charnier.