Sur Europe I, 23 janvier 2020. Benjamin Orenstein, rescapé de la Shoah, raconte l’horreur des camps. B. Orenstein rencontrera les élèves du lycée et du collège de Cluny le 11 février prochain.

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TÉMOIGNAGE

Il se souvient de tout, dans les moindres détails. Benjamin Orenstein, survivant des camps de la Seconde Guerre mondiale né en Pologne en 1926, a connu toutes les atrocités du conflit. Alors que plusieurs chefs d’État sont réunis ce jeudi à Jérusalem, dont Emmanuel Macron, pour commémorer les 75 ans de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau, il a accepté de raconter au micro d’Europe 1 son histoire, celle de l’horreur absolue des camps nazis. 

Déporté enfant, et seul survivant de sa famille

Déporté alors qu’il était enfant avec ses trois frères, ses sœurs, son père, sa mère, ses cousins, ses cousines, ses tantes et ses oncles, Benjamin Orenstein a dû marcher 27 kilomètres pour rallier la gare la plus proche de son village avant de monter dans un train pour l’enfer. À bout de force, il entend son père dire à ses frères de « surtout prendre bien soin du petit », lui. « Mais il ne savait pas que la mission qu’il venait de confier était impossible », raconte le survivant âgé de 93 ans aujourd’hui. Tandis que ses parents ont été gazés « à Belsen en octobre 1942 après avoir erré trois jours et trois nuits avant d’être attrapés », Benjamin Orenstein passe neuf mois dans un premier camp avec ses frères, dont il sera séparé. Eux seront ensuite « fusillés avec 600 autres Juifs », raconte-t-il.

Des souvenirs précis, marqués au fer rouge… Il en va de même pour sa détention à Auschwitz. Dans son livre Ces mots pour sépulture, il écrit qu’il y est « entré comme Benjamin Orenstein et sorti comme matricule B-4416 ». « On avait un commandant [à Auschwitz] qui ne pouvait pas aller prendre son petit-déjeuner sans avoir tué un Juif ou deux. Ce même commandant utilisaient également des femmes pour ‘faire le ménage’, mais ce n’était pas ça qu’elles faisaient », relate-t-il. 

Un litre de pétrole, un kilo de sucre et une demie-bouteille de vodka…Voilà ce que valait la vie d’un Juif.

Benjamin Orenstein se souvient également de la faim, des orties bouillies avalées avec parfois « quelques protéines », des vers de terre, de la soif aussi ; de la neige pour essayer de s’hydrater, et même de « l’eau des locomotives »… Une souffrance « comme on ne peut pas l’imaginer ». Un enfer dont il était difficile de s’échapper, et aucun de ceux qui ont réussi n’ont survécu : « On avait deux ennemis, un était plus redoutable que l’autre : les Allemands et les Polonais. Si vous vous échappiez et qu’un Polonais vous retrouvait, il pouvait vous livrer aux Allemands et recevoir une prime. C’était un litre de pétrole pour se chauffer, un kilo de sucre (très rare à l’époque) et une demie-bouteille de vodka », se souvient ce survivant au micro d’Europe 1. « Voilà ce que valait la vie d’un Juif. »

L’incrédulité des siens, et du monde entier

« Mais la pire des souffrances, c’est la peur », explique-t-il au micro d’Europe 1. « Quand il avait des évasions, 10 devaient être tuées pour chaque personne qui avait fui. Ce jour-là, trois s’étaient échappés, le commandant a alors pris son fouet par le manche et a commencé à désigner des gens. Quand il est arrivé à ma hauteur, j’ai cru que c’était fini pour moi. J’étais glacé de peur, j’entendais les voix comme en apnée dans une piscine. » Mais en réalité, c’est une personne située derrière lui qui est désignée. « Moins de 15 minutes après, il était mort. Mais il faut dire que le commandant nous a fait un ‘prix’, il n’a pris que 15 Juifs… »

Même nos frères et sœurs en Israël et en Palestine ne pouvait pas s’imaginer ce qu’était la Shoah.

Libéré en 1945 par les Américains, Benjamin Orenstein a été incapable d’évoquer ce passé pendant un long moment, d’autant « qu’un jour, j’ai vu un camarade raconter son histoire, et les gens le prenait pour un fou. Alors à quoi bon raconter ? », lance-t-il. « Même nos frères et sœurs en Israël et en Palestine ne pouvait pas s’imaginer ce qu’était la Shoah, ils nous ont presque dit qu’on est allés à l’abattoir comme des moutons. » Finalement, ce n’est qu’avec le procès d’Adolf Eichmann en 1961 que « toute la population israélienne a appris ce que c’était vraiment ». 

À l’heure où les chefs d’État du monde entier se réunissent à Jérusalem 75 ans après la libération de l’un des plus terribles camps nazis, Benjamin Orenstein reconnaît des « beaux discours » mais pour lui, l’humanité, en faisant le dos rond, a reçu « une gifle qui ne s’effacera jamais ». Malgré tout, le seul rescapé de sa famille garde confiance : « Si ce n’était pas le cas, j’aurais dû me suicider, mais je n’en ai aucune envie. »

À lire : Ces mots pour sépulture de Benjamin Orenstein.