Nous avions parlé il y a quelques mois de l’implication de Franck Sequestra -professeur d’anglais au lycée Lamartine- et grand ami de Marie-Louise Zimberlin.

Il est probable que ces professeurs d’anglais, de la même génération (nés dans les années 1890 et ayant donc vécu le conflit 1914-1918), enseignant dans les régions Bourgogne et Rhône-Alpes se connaissaient et partageaient les mêmes idées dès 1940.

Jean Joseph Marcellin Meunier est né le 16 août 1890 à Lyon. Il est admissible à l’agrégation d’anglais en 1920, enseigne à Charolles jusqu’en 1923 puis au collège de Bourgoin avant de rejoindre en 1928 le lycée Lalande de Bourg-en-Bresse.

©AP, famille Meunier. Jean Meunier vers 1925.

Jean Meunier résistant à Bourg-en-Bresse.

Dominique Veillon écrit au sujet de Jean Meunier : « À Bourg, il existe des cellules Franc-Tireur dont l’animateur est un professeur d’anglais -Meunier- contacté par Henri Deschamps, responsable départemental depuis 1941[1]. » Dominique Veillon fait là erreur car Henri Deschamps donne une version différente de cette rencontre : « Je rencontrai Melle Ferlet (…) et par elle, je faisais la connaissance de M. Meunier (…) à qui je confiais la propagande de « Franc-Tireur », au chef-lieu du département[2]. »

La belle-famille de Jean Meunier, les Coutellier, vivaient avenue Jean Jaurès, comme Lucie Ferlet, dans les années 1920. Georgette, l’épouse de Jean Meunier, connaissait donc très bien « la fleuriste de Lyon », en contact également avec La Zim à Cluny.

Toujours selon D. Veillon, « Ce même Meunier se montre un ardent propagandiste Franc-Tireur, dès l’origine. Il est en relations suivies avec des groupes d’obédience maçonnique. » Dans la ville, poursuit-elle, il existe un groupe assez solide pour « héberger, à plusieurs reprises, des militants Franc-Tireur lyonnais recherchés par la police, Raymond Deleule, Andrée Chavoin[3]. » Le responsable local est Blaizoux qui travaille à la préfecture. Il établit notamment des cartes de travail permettant d’échapper au S.T.O[4]

Jean Meunier à Cluny avec La Zim.

Jean Meunier connaît Marie-Louise Zimberlin puisqu’il vient chaque année interroger aux Arts-et-Métiers en juillet et c’est lui qui va lui parler des organisations de Lyon. Il lui passe des tracts, des exemplaires de « Témoignage chrétien » et l’incite à rejoindre le mouvement Franc-Tireur. 

Voici ce que Marie-Louise écrit à sa sœur Sophie durant la période des examens aux Arts-et-Métiers donc en juillet en 1942 :

« Mes élèves passent bien et me font honneur. J’ai été pas mal bourlinguée cette semaine à cause des examens et du personnel qui les accompagne de droite et de gauche. Hier on était 8 chez moi. Heureusement qu’il ne fait pas trop chaud pour les candidats. »

Qui était présent dans ces « de droite et de gauche »? Jean Meunier, Marie-Louise Clément ? D’autres professeurs venus de l’extérieur pour les examens ? Le noyau dur de la Prat’s qui gravite autour de la Zim : Roger Thomas (limogé en octobre 1942 comme franc-maçon), Henri Daget, Marius Roux ? Des professeurs des Arts-et-Métiers : Georges Maurice, Roger Angebaud ? Des résistants clunisois sûrs et déjà bien engagés : Henri Doridon, Jean Renaud, Julien Simyan ?

Poussées par Jean Meunier, c’est bien à partir de juillet 1942 que La Zim et Marie-Louise Clément structurent leur action. Elles ont choisi leur camp : ni celui de Combat, ni celui de Libération. Pour elles, ce sera « Franc-Tireur ».

Sur l’action de Jean Meunier, nous n’en saurons pas beaucoup plus. Si le lycée Lalande où il exerce est un gros foyer de résistance, il ne semble pas qu’il ait travaillé avec ce groupe[5].

La seule indication que nous trouverons à son sujet se trouve dans les papiers de Marcelle Appleton (1895-1964). Selon son témoignage, il la contacte en 1941. La résistante de Bourg-en-Bresse, agent de liaison du général Delestraint, témoigne que Meunier « [l]’avait touchée en 1941 et aidée lors de [son] arrestation[6]. » Résistante de la première heure, Marcelle Appleton avait déposé une gerbe tricolore au monument aux morts le 11 novembre 1940. Elle sera arrêtée sur dénonciation avec Raymond Sordet en mai 1941. Jugée en correctionnelle, elle est condamnée à une peine de prison le 29 juillet 1941. Elle sera libérée sous surveillance et poursuivra ses activités d’agent de liaison[7]

Après la guerre : l’Ours photographe.

En 1945, Jean Meunier -comme Franck Sequestra- sera présent parmi les invités qui rendront hommage à La Zim à La Prat’s. C’est dire combien il aura compté pour sa collègue d’anglais.

Il poursuivra sa carrière d’enseignant jusqu’en 1958 au lycée Jean Perrin à Saint-Just mais, passionné de photographie, il ouvre même un magasin à Tassin-la-Demi-Lune. C’est l’autre facette de Jean Meunier « l’Ours photographe » que je vous laisse découvrir sur le site de son fils Gabriel et que je remercie pour les souvenirs qu’il a bien voulu partager :

http://www.galerimaginaire.org/

Jean Meunier a sûrement photographié le Charolles des années 1920 et le Cluny des années 1940. Nous espérons un jour découvrir l’oeuvre de « l’Ours photographe ».


[1] Veillon, Dominique. Un journal clandestin, un mouvement de Résistance, 1940-1944. Paris : Flammarion, 1992, 428 p., p.185.

[2] AN, Cote 72AJ/55, dossier 2, pièce 12. Témoignage d’Henri Deschamps.

[3] Veillon, Dominique. Op.cit., p. 185.

[4] Idem.

[5] http://www.lalande2.com/index.php/contributions-d-anciens-eleves-resistants/francois-yves-guillin/la-rseistance-des-lyceens/la-resistance-au-lycee-lalande-des-l-automne-40-41

[6] AN, Franc-Tireur, II- 72AJ/55 Dossier n° 2. Note de Marcelle Appleton sur Mlle Adhémar.

[7] http://archives.bourgendoc.fr/web/Documents/OUVRAGESBROCARD/50ans_a_Bourg_tome2_1926-1945.pdf