Nous avons parlé récemment de Gérard Hennebert, « Lapoule » avec lequel Marie-Louise Zimberlin a été en contact.

Intéressons-nous maintenant à Joseph Monjaret alias « Hervé ». Né à Saint-Igeaux en 1920, Monjaret part pour l’Angleterre depuis l’île de Bréhat le 19 juin 1940 avec son frère. Il n’a que vingt ans.

En Angleterre, ils signent leur engagement dans les F.F.L. le 1er juillet. Joseph, très rapidement, demande à faire des missions en France et il commence un stage de sauts près de Manchester. En mai 1941, il intègre le B.C.R.A. où il reçoit une formation de sabotage et de radio jusqu’en octobre 1941, date à laquelle il rencontre Jean Moulin. En France, il doit servir de radio et de secrétaire à (J. Moulin) « Max », mais pas seulement. Il doit recruter des agents radio, les former et demander à Londres des postes émetteurs.


Monjaret, radio de Jean Moulin

Leur départ doit se faire en novembre mais il est retardé. Ils seront parachutés le 1er janvier 1942 près du marais des Baux, entre Fontvieille et Mouriès avec Raymond Fassin qui doit servir également de radio à Moulin et qui doit également être l’agent de liaison entre le mouvement Combat et le B.C.R.A.

À Caderousse, Monjaret va émettre pendant cinq mois les messages de Moulin pour le B.C.R.A.

Repéré, Monjaret part pour Lyon à la Pentecôte 1942. Fin août, Jean Moulin le charge des liaisons entre le Comité National Français et le mouvement Franc-Tireur de la zone sud. Jean-Pierre Levy désigne alors Henri Deschamps pour seconder Monjaret. Le B.C.R.A. compte donc comme agents de liaison Fassin pour « Combat », Monjaret pour « Franc-Tireur » et pour « Libération » ce sera Paul Schmidt dit « Kim ». Leur travail consiste à déterminer les effectifs de chaque mouvement et à s’assurer de l’encadrement des équipes. Les rapports permettent ensuite au B.C.R.A. de livrer du matériel, de l’argent et des armes à chaque mouvement.

Pour ses liaisons avec Franc-Tireur, Monjaret organise un secrétariat et il reçoit l’appui d’un radio (Georges Denviollet) et d’un instructeur saboteur (Gilbert Mus). Joseph Monjaret s’occupe également de la prospection des terrains de parachutage et d’atterrissage qu’il faut faire ensuite valider par le B.C.R.A. Le responsable de cette section qu’il désigne est « Lapoule », Gérard Hennebert.

En mars 1943, Monjaret installe un deuxième bureau à Toulouse mais le B.C.R.A. lui propose de rejoindre l’Angleterre pour se reposer. Il sera remplacé par Rateau.

Monjaret et Marie-Louise Zimberlin

Avant de quitter Lyon, il décide de rendre visite à son contact Lucie Ferlet, agent du réseau Franc-Tireur au 25 rue Jean Jaurès. Lucie Ferlet reçoit des agents régionaux et des agents de liaison. C’est chez elle que Monjaret va être arrêté par trois agents allemands, dont un chef de la Gestapo de Périgueux.

La fouille ne donne rien mais Monjaret garde sur lui un papier compromettant, une lettre de Marie-Louise Zimberlin qui lui indique un pilote anglais qui a sauté dans la région, les noms des personnes qui l’ont hébergé ainsi que le numéro de son unité. Monjaret réussit à faire passer une partie de ces documents à Lucie Ferlet et mange le reste. On imagine le sort qui aurait été réservé à M-L. Zimberlin dès 1943, si Monjaret n’avait pas eu le réflexe de faire disparaître sa lettre.

AN, Témoignage de Joseph Monjaret : Franc-Tireur, I (72AJ/55 Dossier n° 1). Il y a une erreur sur le lieu du domicile de M-L. Zimberlin.

Mais il n’a pas eu le temps de détruire un autre papier permettant aux Allemands de remonter jusqu’à Henri Deschamps (membre du comité directeur de Franc-Tireur) à Miribel. Deschamps et sa femme échapperont de peu à l’arrestation. Recherché par la Gestapo, Deschamps se cache puis s’envole pour Londres. Il sera de nouveau parachuté en France en octobre 1943. Le 7 avril, les Allemands arrêteront Marie Finck qui avait mis un bureau rue Sébastien Gryphe à la disposition de Monjaret. Elle reviendra de déportation.

Monjaret et Mus à Mauthausen

Au cours de son interrogatoire à la Gestapo, Monjaret est torturé. S’il ne parle pas, Barbie sait déjà cependant l’essentiel. Et comme il le dit à Monjaret : « Nous avons au sein des mouvements de résistance un agent qui est fort bien placé (…) Il connaît un certain nombre de chefs de la résistance et le jour où nous voudrons porter un coup dur, nous n’aurons qu’un ordre à donner. » A posteriori, Monjaret a la conviction que Barbie faisait allusion à Lunel.

Monjaret sera interrogé pendant plus d’une semaine avant d’être envoyé à Fresnes. C’est là qu’il retrouve le général Delestraint qu’il connaît très bien puisque Jean Moulin l’avait envoyé à plusieurs reprises chez lui à Bourg-en-Bresse. Le général lui apprend l’arrestation de Jean Moulin. Confrontés, Monjaret et Delestraint font mine de ne pas se connaître. Les Allemands en restent là.

Monjaret sera déporté avec Gilbert Mus qui s’est fait arrêter, peu de temps après lui, le 11 avril 1943. Après Neuengamme, c’est Mauthausen. Avec son compagnon Mus, la résistance continue : ils sabotent des pièces dans l’usine métallurgique où ils travaillent.

Monjaret et Mus seront libérés en avril 1945.

« Après-guerre, Monjaret saura qu’il fut dénoncé par « un de ses amis pour protéger ses deux fillettes ». Il tut jusqu’au bout le nom de son frère d’arme, mort en déportation qui, devant un cruel dilemme, le désigna, étant célibataire, pour sauver ses proches. Il conservera même son amitié à cette famille[1]. »

L’équipe FRIT de Monjaret

Frit : Joseph Monjaret

Frit bis : Henri Deschamps (1899-1968) 

Frit A : Gilbert Mus (1917-2009) 

Frit B : Gérard Hennebert (1913-1953)

Frit C : Jean Simon « Gilbert » (agent de parachutage). Décédé en novembre 1944 dans un accident.

Frit D : A. Farina « Pierre » (1920- ?). Responsable COPA, secteur Lyon.

Frit E : Lieutenant Pierre Thiallier (1912-1945). Responsable COPA, secteur Orange. Thiallier, lieutenant aviateur, est arrêté le 24 avril 1943 à Marseille puis déporté à Buchenwald et Dora. Il décède le 2 avril 1945 à Nordhausen.

Frit F : Jean Millet « Valentin ». Responsable COPA, secteur de l’Ain. Ancien élève d’Henri Deschamps à la Martinière, mort en déportation.

Frit G : Maillard « Fred »

Frit L : Harold Rovella « Jeannot » (1923- ?)

Frit Alpha : Yvonne Nisol « Annie » (1920- ?). Code les messages- rejoint ensuite Ravanel aux F.FI.

Frit N : Lucie Ferlet (1889-1963). Contact de Monjaret et de M-L. Zimberlin à Lyon.

Frit P : Roger Perrin « Patrick » (1921-1983)

Frit V : Winnie Rovella « Line » (1921- ?)

FRIT W : Georges Denviolet « Geo » (radio) Né à Paris en 1921. Parachuté le 23 novembre 1942, il va opérer essentiellement dans le Mâconnais. Arrêté le 11 juin alors qu’il cherche à passer en Espagne, il est déporté à Buchenwald. Il décède à Bayonne en 1974.

Font également partie de l’équipe de Monjaret :

  • Roger Crivelli, abattu par la Gestapo à Roanne le 5 juin 1943.

http://www.elievieux.fr/medias/files/bio-de-roger-crivelli-62-collectif-cvdf-forez-foreziens-guerre-resistance.pdf

  • Robert Dupuis « Bob » (1921- ?)
  • Jean Andanson « Emile » (1919- ?). Arrêté en mars 1943 alors qu’il vient de faire sauter un train d’essence en gare de Salon-de-Provence.

[1] http://www.memorialjeanmoulin.fr/articles.php?lng=fr&pg=502#mainContent