À Lire dans Le Monde du 11 septembre, par Benoît Hopquin

Et à retrouver sur France Culture par Guillaume Erner

https://www.franceculture.fr/emissions/lhumeur-du-matin-par-guillaume-erner/lhumeur-du-jour-emission-du-jeudi-12-septembre-2019

« Cette incroyable histoire est racontée dans Le Monde d’aujourd’hui par Benoît Hopquin, c’est l’histoire d’une quasi centenaire, Noëlla Rouget qui s’est engagée dans la résistance en 1941, y a rencontré un fiancé. Elle était croyante, chrétienne, lui plutôt communiste, aux prises avec une foi en pointillé. Le 7 juin 1943, les deux amoureux sont arrêtés, ils croient au début avoir affaire à des allemands, mais non l’un des hommes qui les arrêtent est Français, il s’appelle Jacques Vasseur. 

La suite est bien triste, l’amoureux de Noëlla est atrocement torturé par ce Jacques Vasseur, elle ne le reverra qu’une seule fois. Avant d’être exécuté, il lui laisse une lettre que l’on ne peut pas lire sans retenir ses larmes, « sois heureuse, très heureuse, fais le pour moi ». Noëlla est déportée à Ravensbrück, et lorsqu’elle est libérée le 5 avril 1945 elle pèse 32 kg. 

Jacques Vasseur, un lettré cynique et cruel

La vie reprend avec ses joies, les peines, elles, ne peuvent égaler ce que les déportés, les résistants ont vécu. Quand, au début des années 1960, Noëlla apprend que Jacques Vasseur, le collabo qui l’a arrêté elle et son amoureux, est retrouvé et arrêté. Et le portrait de ce type se dessine, dans toute sa monstruosité. Dans la région d’Angers où il a sévi, on se souvient des centaines de crimes qu’il a commis. Jacques Vasseur n’est pas un Lacombe Lucien, ce n’est pas une petite frappe manipulée par la Gestapo c’est au contraire un lettré cynique et cruel, une sorte d’idéal type du monstre. 

« J’ai vu trop de monstruosité dans ma vie pour en ajouter une autre »

Et là, Noëlla, celle à qui ce type a volé son amour et sa jeunesse, Noëlla demande la grâce de cet homme au général de Gaulle, et l’obtient. Stupeur incompréhension et même colère autour d’elle, où l’on se souvient des crimes perpétrés par ce monstre. Noëlla dit, « seul Dieu a le droit de reprendre une vie, j’ai vu trop de monstruosité dans ma vie pour en ajouter une autre ». Un peu à la manière du philosophe René Girard, elle pense qu’il faut briser le cercle infernal du crime et de la vengeance, leur manière de briser cet enchaînement, c’est de croire au Christ. Depuis hier, je songe à cette histoire, et je ne sais que penser, je vous laisse avec elle. 

La morale de cette histoire c’est qu’il n’y a rien de plus aiguisé que l’éthique, on ne tranche pas en la matière sans couper dans sa chair. »