Une des victimes de l’opération de la SIPO-SD de février 1944 à Cluny.

Quelques éléments de biographie

Élias, le grand- père de Fernand Baccharas, est né en 1813. Il est marchand de bétail.  Marié à Hindel Bloch, née en 1812, ils donnent naissance à Jonas, le 1er juin 1848 à Harmansweiler.

Jonas est réintégré dans la nationalité française le 12 juillet 1888. (L’Alsace –Lorraine avait été rattachée à l’Allemagne de 1871 à 1918). Jonas Baccharas est courtier en bestiaux et son épouse Julie Grumbach (née en 1854) sont domiciliés à Lure, 10 rue des Cannes et Fernand naît le 2 août 1886.

Fernand. © L. Chalon.

Fernand a un frère aîné, Salomon dont on connait juste la date de décès, le 19 décembre 1928. Salomon a épousé Jeanne Grumbach : ils donnent naissance à Jacqueline Rose Henriette Baccharas le 23 juillet 1921. Après le décès de Salomon, Jeanne se remariera en 1930 avec Fernand.

Classé pour pieds plats et myopie dans le service auxiliaire, il est incorporé en octobre 1909. Sur la fiche d’état civil des archives de Haute-Saône, est indiqué au crayon, en dehors des différentes rubriques : « P.A.P refusé par décision du 24 mai 1940. »

Fernand Baccharas à Cluny pendant la guerre

La cousine de Fernand, Marcelle Weill, a des attaches à Cluny. On sait qu’elle y est recensée comme juive, au 1er août 19421, bien que convertie au catholicisme en épousant Henri Heme. Marcelle réside donc à Cluny avec son mari, Gilbert son fils et Monique sa fille.

Rien d’étonnant donc à ce que Fernand se soit réfugié lui aussi à Cluny. Il réside route de Massilly avec sa femme Jeanne Grumbach et sa belle-fille et nièce Jacqueline Baccharas.

Jeanne, épouse de Fernand. © L. Chalon.
Jacqueline. © L. Chalon.

Ils sont identifiés sur la liste des juifs résidant à Cluny, à compter du 1er janvier 19432.

Fernand, Jeanne et Jacqueline sont à Cluny peut-être suite à un épisode raconté par Max Chalom (Max Chalon). Max est remonté à Paris voir ses parents et a rendu visite à Jeanne et Jacqueline. Il a eu la sottise de se montrer à la fenêtre. Ça n’a pas manqué, le lendemain, la Milice, sans doute, frappait à leur porte et interrogeait sur le jeune homme à la fenêtre. Celui-ci prit d’un pressentiment avait déjà regagné Cluny.

Jacqueline terrorisée « C’est mon cousin, il est juif et réfractaire, mais je ne sais pas où il est. » C’est sans doute après cet épisode que la famille quitte Paris pour Cluny.

Jeanne et Jacqueline échapperont à la déportation. Elles assistent à Cluny début août 1944 au mariage de Max Chalom (leur cousin) et de Simone Pierreclaud. Jacqueline a 23 ans, le même âge que son cousin. Et le 11 août, au moment de la bataille de Cluny, elles font partie des personnes que Simone prévient du bombardement imminent.

Jacqueline décède en 1971, sa mère Jeanne en 1977.

Déportation de Fernand

Arrêté à Cluny lors de l’opération de la SIPO-SD du 14 février 1944, il est transféré à Drancy.

Fernand est déclaré, au moment de son internement à Drancy, comme étant « voyageur ». Sans doute voyageur de commerce, car sur le site des archives de Haute-Saône, on le dit employé de commerce.

Il part le 7 mars par le convoi n°69 qui comprend 1501 personnes dont 178 enfants de moins de 18 ans.

Son matricule de déportation est le 16125.

Il décède à Auschwitz le 12 mars, cinq jours après son arrivée sans doute dans la chambre à gaz. L’arrêté du 22 avril 1987 n° 724/MED C147 indique : « Mort en déportation, avis du Ministère des Anciens Combattants en date du 8 juin 1988. Mention faite le 16 juin 1988. »

L’avis de décès est transcrit à Lure via la mairie du 17è arrondissement de Paris.

Monument aux déportés, place du Pont de l’Étang à Cluny

Ce monument rend hommage à ceux qui ont été arrêtés et envoyés en déportation.

Fernand est l’un des dix « étrangers à la commune », dont le nom figure sur la stèle.

Stèle des déportés. © F. Breuil.

Liliane Chalon


Nous savons que l’opération de février 1944 vise à arrêter des « terroristes » qui ont aidé la résistance. Mais peut-être a-t-il été arrêté comme « Juif », comme il est signifié sur ce document :

Il partage le sort de Jacob Oferman, dénoncé par sa maîtresse. Après avoir échappé à l’opération de février 1944 puisqu’il figurait sur la liste des personnes recherchées, il est arrêté le soir du 27 février 1944 avec Zac Hirszbein.

L’histoire des Juifs réfugiés pendant la guerre à Cluny reste à écrire mais en l’état actuel de nos recherches, sont ainsi arrêtés à Cluny et ne figurent pas sur la stèle des déportés érigée au Pont de l’Étang : Fanny Rotbart (compagne de Jacob Oferman), Joseph Rotbart, Zac. Hirszbein (arrêté avec Jacob Oferman pour faits de résistance), Georges Schibler, résistant, dénoncé et arrêté à Cluny le 28 juillet 1943, Madeleine Briskin et sûrement d’autres.

Fernand, Jacob, Joseph et Georges ne sont pas revenus.

1 AD Saône-et-Loire, 1W452.

2 AD Saône-et-Loire, 1W452.