Le devoir de mémoire

Afin d’honorer la mémoire de leurs camarades et d’extérioriser leurs souvenirs, tout en continuant de regarder vers l’avenir, les gadz’arts ont rédigé des poèmes et des chants, comme en témoigne cet extrait :

« […]
Nous partîmes joyeux et la main dans la main
Vous dormez sous le sol de France
Et je pleure en marchant solitaire en chemin
Mais quand le soc périt, la glèbe et la mitraille
J’entends comme un écho monter de la semaille
Notre voix dit : Aime et Travaille. »
(Anonyme)

Comme un hommage unique, c’est au cœur de l’abbaye de Cluny qui a accueilli les promotions d’élèves ayant vécu la Guerre, dans la galerie où se trouvent les autres plaques commémoratives des guerres, qu’ont été érigées quatre plaques en l’honneur des gadz’arts morts pour la France.

La convergence des promotions

La Première Guerre Mondiale a causé beaucoup de pertes dans les promotions de gadzarts. Elle a séparé de nombreux camarades et considérablement fragilisé l’esprit de corps de l’époque, tout comme elle a contribué à affaiblir l’enseignement dispensé aux élèves à cause de la mort de certains professeurs. Ces pertes sont mesurables grâce aux deux photographies ci-contre d’une même promotion, avant et après la guerre.

Mais le savoir-faire de l’enseignement et l’esprit d’entraide n’ont pas été abandonnés pour autant. Les promotions 1913, 1914, 1916 et 1917-1920 fusionnent afin de recevoir une instruction simultanée.

Cette idée se retrouve dans les « feuilles de promotion », des affiches réalisées par les élèves qui leurs servaient d’annuaire lorsqu’ils montaient à Paris et rencontraient les autres gadz’arts de France. Cette promotion recomposée a choisi de faire, là aussi, honneur à ses camarades : on y retrouve un fort hommage à l’héroïsme et au combat.

Promotion Cluny 1912-1915 avant la guerre
Promotion Cluny 1912-1915 après la guerre
L’uniforme

L’abandon de l’uniforme

À leur retour à Cluny, les gadz’arts survivants ont ressenti de la culpabilité envers ceux qui étaient morts sur le champ de bataille. À l’époque, ils se devaient de porter tous les jours l’uniforme de l’École, d’inspiration militaire. Bien que l’École ait été démilitarisée dès 1817, ils avaient gardé un fort souvenir de leurs origines militaires dans leurs traditions. Avant la Grande Guerre, les gadz’arts se reconnaissaient dans cet uniforme et dans les valeurs qu’il représente. Mais, l’esprit chargé de souvenirs trop lourds, ils ont préféré l’abandonner.

La « Biaude »

Cependant, comme un habit commun contribue à effacer les différences sociales, et dans le but de symboliser leur esprit de solidarité et de savoir-faire ouvrier, les gadz’arts ont choisi de faire de leur blouse d’atelier grise, la « biaude » (terme issu du patois paysan local), un nouveau signe fort de leur héritage. Ils la portent donc fièrement et ont à cœur d’expliquer ses origines aux nouvelles générations.