Né le 4 mars 1880 à Cluny, Antoine Claude Marie Clément suit des études au collège d’enseignement secondaire spécial créé par V. Duruy en 1866. L’établissement fermant ses portes en 1891, il rejoint le cours complémentaire puis entre, en octobre 1893, à l’École primaire supérieure dirigée par Pierre Dameron. Doué pour les études, il part en 1895 perfectionner son allemand à Dissen (Allemagne) et revient passer ses examens à Cluny en 1897.

Antoine Clément

Il obtient non seulement son brevet élémentaire, son brevet supérieur mais il est également admis à l’École des Hautes Études Commerciales de Paris. En 1899, il est reçu n°2 sur 139 élèves au diplôme supérieur. A. Clément -qui a perdu très jeune ses parents- suit l’avis de ses grands-parents qui l’élèvent : il s’oriente vers le professorat et il obtient le certificat d’aptitude au professorat commercial.

Enfant du pays, Clément revient à Cluny pour exercer à l’École primaire supérieure puis à l’École pratique (La Prat’s). Il sera en outre chargé du cours d’allemand aux Arts-et-Métiers. Tous ses supérieurs s’accordent à dire qu’Antoine Clément fut véritablement un maître d’élite.

Antoine Clément, 1er rang, assis à droite

Le 11 août 1908, il se marie avec Gabrielle Dameron (1885-1986). Le couple aura une fille, Marie-Louise (1914-2001) qui s’engagera en 1940 dans la résistance aux côtés de M-L Zimberlin.

Atteint de myopie, il aurait pu, en 1914, se faire nommer dans les services auxiliaires. Parlant couramment l’allemand, il aurait pu également solliciter un poste d’interprète. Non. C’est comme simple caporal qu’Antoine Clément part combattre.

Mobilisé le 7 août 1914, il quitte sa femme et Marie-Louise, l’enfant qui vient de naître. Les époux se disent un dernier adieu sous la porte Saint-Odile.
Incorporé au 334e régiment d’infanterie, Antoine Clément est dirigé vers Besançon où il participe aux exercices d’entraînement. S’il suit de près les péripéties de la lutte, il est aussi « le soutien moral de ceux qui l’entourent ». Il continue à travailler et se fait envoyer les « articles du temps où Lavisse, Roland de Marès exaltent les courages, relèvent la confiance un instant ébranlée, et il réconforte les cœurs par la lecture de ces belles pages. »

Le 9 octobre, il part rejoindre le front, vers le Nord, versé au 79e régiment d’infanterie active, un de ces glorieux régiments de la « division de fer » du 20e corps.

9 décembre 1914. Jour fatal à Langemark, Belgique. Après une nuit de veille, le caporal Clément se lève, engourdi. Au même moment, il est frappé d’une balle au poumon droit. Un Clunisois présent à ses côtés panse sa blessure, le réconforte mais Clément s’éteint en terre étrangère. Il n’a que 34 ans.

Le Lieutenant-Colonel Victor Pétin, commandant le 79e régiment d’infanterie écrira à la famille combien le caporal Clément était « un brave, très estimé de ses chefs, très aimé de ses camarades » et par arrêté ministériel du 25 novembre 1920, la médaille militaire lui est attribuée : « Très brave caporal, aimé de ses camarades et estimé de ses chefs. »

À titre posthume, la Croix de guerre avec étoile de bronze lui est décernée. Son acte officiel de décès est établi à la date du 16 avril 1915.

Huit ans après son décès, selon l’article 106 de la loi du 31 juillet 1920, la dépouille d’Antoine Clément est restituée à la famille et transférée à Cluny. Ses obsèques ont lieu le 26 avril 1922. La famille fait le choix de ne pas inhumer le corps dans le carré militaire du cimetière.

Campagne 1914 – 1918 – Historique 79e Régiment d’Infanterie1
Imprimerie Royer et Cie – Nancy
Source : B. D. I. C. – Droits : Domaine public – Transcription intégrale : P. Chagnoux – 2016

« Au commencement de novembre 1914, le régiment est jeté dans les Flandres, sur l’ennemi qui a repris l’offensive en direction de Calais, pour refouler notre gauche et la séparer de l’armée belge. Quelle nuit encore que celle du 11 au 12 novembre ! Il pleut. Les champs de betteraves sont gluants et couverts de flaques d’eau. Il fait nuit noire. Chacun porte une fascine pour traverser l’Yperlée. Quel massacre si l’on attaque ! mais il le faut ; il faut en imposer à l’ennemi qui a déjà franchi le canal et qui continuera sa marche demain matin ; et derrière le canal, il n’y a plus d’obstacle. Il faut reprendre la « Maison du Passeur ».

Notre attaque ne réussit pas, mais elle a dérangé les plans de l’ennemi qui s’arrête.
C’est alors la fameuse campagne de Belgique, du 12 novembre 1914 au 22 avril 1915, devant Saint-Julien, au « Bonnet d’Evêque », devant le gazomètre de Langemarck, à l’écluse d’Het-Sas, au pont de Steenstraate, au « Bois Triangulaire ».

Vous vous rappelez ces champs de betteraves inondés, encore encombrés de cadavres, ces fermes en flammes. Les lignes : une unique tranchée envahie par l’eau (ce fut bientôt une avenue) où des alignements de fusils brisés servaient de caillebotis. Pas d’abris. Nous passions des jours et des nuits accroupis sous la toile de tente, retenue par des cartouches fichées dans la terre glaise. Il pleuvait sans arrêt. Des parties de la tranchée étaient abandonnées et formaient des poches d’eau ; il fallait sans cesse être au barrage. En avant du gazomètre (réserve inépuisable de charbon) il n’y avait pas de tranchée un talus de boue étayée par des claies, redressé chaque nuit. Et derrière la première ligne, un fouillis de trous de tirailleurs, de boyaux commencés, de fondrières pleines d’eau et de cadavres.

Quelles relèves ! Chacun emportait en ligne, soit un gabion, soit une planche, soit une claie, à travers ce désert effroyablement plat où les balles vous atteignaient à deux kilomètres. On tiraillait alors sans arrêt. Les sentinelles allemandes tiraient une balle à la minute, il fallait bien leur répondre. »

1-Campagne 1914 – 1918 – Historique 79e Régiment d’Infanterie. Imprimerie Royer et Cie – Nancy. Source : B. D. I. C. – Droits : Domaine public – Transcription intégrale : P. Chagnoux – 2016