L’opération « Korporal » dans l’Ain précède celle du Jura. Ce qui met le feu aux poudres ? Le défilé des maquisards le 11 novembre 1943 à Oyonnax, organisé par le capitaine Romans-Petit[1].

En février 1944, il s’agit pour les Allemands (environ 2 500 hommes) d’attaquer le groupement sud des maquis de l’Ain. Mais pour traquer les résistants, il va leur falloir obtenir des renseignements. La solution ? Terroriser, interroger, torturer, fusiller ou déporter les maires[2] et les villageois suspectés d’aider les maquis. Nous sommes en février et la neige freine les opérations. Les combats s’engagent entre les forces allemandes et les maquisards[3]  mais le bilan est lourd aussi pour les civils.

Parmi les villages concernés, citons par exemple : Aranc, où dix-huit villageois sont déportés et trois fusillés. À Génissiat : 62 personnes civiles sont arrêtées et 34 emmenées, à Belleydoux, 5 déportés, 1 fusillé et 21 maisons incendiées, à Ambérieu-en-Bugey, 19 personnes sont arrêtées entre le 5 et le 9 février. À Nantua, la Gestapo arrête 40 personnes dont six gendarmes qui ne reviendront pas de déportation.

Lucien Guesdon -également membre de la section IV- qui est interrogé le 7 mai 1948 au sujet de l’opération Korporal dit qu’il était, lui, du côté de Saint-Rambert-en-Bugey : « Toutefois cette opération eut une certaine envergure et pas mal de Français y participèrent, répartis en plusieurs groupes. » À Saint-Rambert, treize personnes sont arrêtées le 6 février 1944 puis déportées. Terminée le 13 février 1944, l’opération Korporal se solde par 339 arrestations, 287 déportations, 40 tués et 99 fermes et habitations incendiées, dont des camps de maquis.


Quant à Doussot, il était présent à Hauteville. Voici ce qu’il relate à l’inspecteur de police Henri Arnaud le 4 janvier 1945 alors qu’il est emprisonné à Saint-Paul à Lyon :

Avec tous les membres de son équipe, il quitte Lyon en février 1944 pour la région d’Hauteville « en opération contre le maquis ». L’officier allemand Gaegel dirige l’opération. « Mon rôle, ainsi que celui de mes équipiers, consista à recueillir, parmi les habitants des villages, des renseignements sur les camps du maquis. Nous ne prîmes pas part à l’action proprement dite contre le maquis. Au bout de trois ou quatre jours, je rejoignis Lyon. Je ne crois pas qu’il y ait eu des engagements violents entre la Wehrmacht et le maquis. Je ne vis ramener aucun prisonnier par les Allemands. »

Au sujet de l’implication de Doussot, Klaus Barbie donne une version tout-à-fait différente. Entendu le 8 décembre 1948 en Bavière au sujet de Doussot, il affirme à Aimé Ferrier, inspecteur de la Sûreté Nationale, que son agent n’a pas pu se dérober lors des combats, notamment celui qui a eu lieu près de la ferme de la Montagne : « À mon avis, il était impossible pour Doussot de trouver un prétexte pour ne pas combattre. Il a certainement dû se défendre au cours de la lutte. »

À Hauteville, vingt personnes seront déportées. Doussot se défendra toujours également d’avoir participé à l’arrestation d’Israélites mais force est de constater que le 6 février 1944, « L’opération de répression n’épargne pas les pensionnaires juifs des sanatoriums, malgré les certificats médicaux du docteur Bonafé qui permirent à certains d’échapper aux rafles. Huit malades juifs sont arrêtés et déportés à Auschwitz[4]. » Parmi eux, on compte Albert et Simone Abramovitch, Joseph et Dobrys Londner[5] et Georges Burzstein.


[1] https://www.resistance-ain-jura.com/1939-1945/les-actions-de-la-resistance/le-defile-du-11-novembre-1943.html

[2] Le maire de Montgriffon (Marius Chavant) et celui d’Evosges (M. Jacquemet) sont fusillés.

[3] Voir à ce sujet le site très documenté des Maquis de l’Ain et du Jura sur l’opération Korporal.

[4] http://www.memoire-deportation-ain.fr/f%C3%A9vrier-1944.aspx

[5] Arrêtés le 6 février. Déportés à Auschwitz, sans retour. http://www.ajpn.org/commune-Hauteville-Lompnes-en-1939-1945-1185.html