Quelles funérailles !

L’assassinat de Giraud donne l’occasion à la milice de faire une démonstration de force afin d’intimider la population. On a tué l’un des leurs et ça ne se passera pas comme ça. D’ailleurs, on peut lire le 16 octobre dans le journal « Combats » (à ne pas confondre avec le journal « Combat » du mouvement d’Henri Frenay), l’avertissement suivant : « Milicien, tu seras peut-être attaqué lâchement demain. Désigne de suite à tes chefs des « otages. »   

Le 13 octobre, le corps de Giraud est transporté au siège de la milice de Mâcon et veillé jusqu’au 14, date de ses obsèques à l’Église Saint-Pierre. Francis Bout-de-l’An (1910-1977), secrétaire général adjoint à la milice française, s’est déplacé en personne. Soixante-dix miliciens et francs-gardes, en tenue et en armes, sont présents ainsi qu’une centaine de personnes. Puis le corps est rapatrié à Cluny pour une inhumation au cimetière. Tous accompagnent la dépouille de Giraud en cars ou en camions. Le service d’ordre est assuré par M Baquias, commandant du 2e escadron du 6e régiment de la Garde et il est sur les dents.

Les Clunisois sont pétrifiés, même les bons et loyaux serviteurs du Maréchal. Dans un courrier adressé au préfet Thoumas le 20 octobre 1943, les pétitionnaires (Mrs Michel, Bizet, Miguet, Lanquetin, Petijean, Pétré, le docteur Noir et les deux curés de Saint-Marcel et Notre Dame) se disent abasourdis d’avoir vu des « miliciens venus des départements voisins, en uniforme, armés, revolvers aux côtés, fusils-mitrailleurs sur l’épaule et jetant des tracts de propagande sur la voie publique. »

Sont-ils toutefois les porte-parole de toute la population lorsqu’ils écrivent que : « tous [leurs concitoyens] ont été unanimes à flétrir cet acte et [que] plus que jamais, la concorde et la discipline s’imposent dans l’intérêt supérieur de notre Pays » ?

Rien n’est moins sûr. Néanmoins, ils s’accordent à condamner, comme la majorité des Clunisois, un autre acte terroriste : celui de la tentative d’assassinat de Jean Renaud deux jours plus tard.

À suivre….