Laissons jusqu’à dimanche Doussot pour reparler de Cluny. Cluny en 1943. À plusieurs reprises, nous avons parlé de « l’affaire Giraud » et de l’assassinat de Georges Giraud en octobre 1943 à Genouilly.

Revenons sur l’histoire de la famille Simonot-Giraud à Cluny, grâce aux informations que Jean-Louis Guillier, petit-fils d’Albert Simonot, nous a transmises.

D’après J-L. Guillier, son grand-père est parti de rien : il était ce qui pourrait s’appeler colporteur, parcourant la campagne autour de Cluny. À la veille de se marier à Jeanne Galland de Jalogny en 1908, il a l’opportunité de racheter le commerce de bonneterie situé rue Lamartine appartenant alors au fils Gerbe de Montceau-les-Mines. Sa première épouse meurt deux ans plus tard et il se remarie avec Germaine Convers qui décède en 1918 de la grippe espagnole. Trois ans plus tard, il épouse en troisième noces Maria Borell, veuve Giraud qui a eu un fils d’un premier mariage. Albert Simonot meurt d’une attaque cérébrale le 31 janvier 1943. À cette époque, l’ancien colporteur a un compte en banque bien fourni, précise J-L. Guillier. Hormis le commerce de la rue Lamartine, il a réussi à acquérir également une tricoterie située place de l’abbaye. L’atelier sera détruit dans les bombardements du 11 août 1944.

Quant à son beau-fils Georges Giraud, il est né le 22 novembre 1907 à Fumey. Au moment de son décès, il est déclaré comme « employé de bonneterie » puisqu’il travaille avec Simonot. Mais il est surtout milicien (chef de trentaine), chargé des réquisitions de laines pour le département. La tricoterie Simonot prospère, peut-être grâce aux réquisitions…

Georges Giraud est abattu par deux inconnus en gare de Genouilly le 12 octobre 1943. Son acte de décès sera dressé le 15 décembre sur déclaration de Benoit Goyard de Genouilly. Il est enterré à Cluny avec Albert Simonot, en face de la tombe de Danielle Mitterrand. Après le décès de son mari et l’assassinat de son fils, la troisième épouse d’Albert Simonot et sa fille quittent précipitamment Cluny pour Paris. Pour Germaine Moreau, Me Simonot a pu être à l’origine de la fameuse liste qui dénonçait les résistants clunisois le 14 février, ce qui expliquerait ce départ précipité.

Georges Giraud, dès 1941, est un bon agent de renseignements à Cluny pour la police française. Le 14 juillet 1941, quelques Clunisois participent à une manifestation patriotique (dépôt de gerbe au monument aux morts) et arborent des insignes tricolores distribués dans les cafés Burger et Lardy. L’inspecteur de police spéciale de Mâcon -Joseph Rongeon- enquête et rend compte au commissaire principal de ce que lui ont dit ses indicateurs : « Les renseignements recueillis auprès de M. Dutrion (adjoint au maire de Cluny) ainsi que M. Giraud n’ont fait que confirmer les faits ci-dessus mentionnés. »

Mais la résistance s’active contre la famille Simonot : en mars puis septembre 1943, pas moins de deux attentats, une explosion au domicile et une bombe factice déposée à la porte. Voici ce que rapporte Marius Roux (professeur à La Prat’s) dans ses Mémoires :

 » Des dégâts plus importants avaient été causés à la bonneterie Giraud-Simonnot, dont le directeur était le chef, crâneur, de la milice locale.  Plutôt que d’alerter la police française, trop inerte à son gré, il s’adressa à la Gestapo. »

En octobre, le 12 au matin, Giraud se trouve sur le quai le hangar de la petite vitesse à Genouilly pour réquisitionner la laine. Il n’est pas tranquille car le matin-même, il demande à son employé de répondre qu’il est absent, si on le demande. Mais à 11 heures, un individu le blesse mortellement en tirant trois balles. L’inconnu s’enfuit en enfourchant une bicyclette. Un complice l’attendait à l’extérieur. La scène s’est produite en présence d’une cinquantaine de personnes et personne n’a bronché, personne ne s’est lancé à la poursuite du meurtrier, notent les gendarmes chargés de l’enquête.

Selon un rapport du préfet de Saône-et-Loire transmis à son homologue de Lyon le 16 octobre, le meurtre aurait été « commis par un ancien valet de ferme qui a pris le maquis depuis un certain temps. » Le renseignement sur ce « valet » vient d’une communication téléphonique interceptée par les renseignements généraux. En fait de « valet », il s’agit d’un agent anglais qui se réfugiera à Cluny. Georgette Colin raconte ainsi dans « Le Pire c’est que c’était vrai » : « Un jour, un jeune s’est lavé chez nous. (…) De brun barbu il est devenu blond imberbe ! (…) il a posé un revolver. Était-il chargé des basses besognes ? » C’est ce brun barbu qui s’est chargé de Giraud.

À suivre….