Lucien Jost, assassiné et Marie Baigne violée en Crue

Pierre Lucien Jost est né le 13 décembre 1910 à Saverne dans le Bas-Rhin. Agent d’assurances, il vit au 26 rue Malesherbes à Lyon. Membre de la résistance, il est détaché du maquis de la Plagne par Aime (Savoie) pour occuper le poste d’interprète au Parc d’artillerie allemand de Lyon.

Assassiné par appât du gain

Le 18 juillet 1944, il est arrêté au cours d’une mission à Cluny ; il est accompagné par Marie Baigne. Il sera assassiné en Crue, sur ordre de Lucien La Gestapo, témoignera Lucien Tièche le 8 décembre 1948. Alors que les résistants ont siégé dans une sorte de « conseil » pour décider de la mort de Jacquot, Tièche parle de « jugement » sans savoir ce qui était reproché à Jost. Certes, Jost avait un accent alsacien, comme Zorn. Pour certains -convaincus sûrement par Doussot- peut-être était-ce un motif suffisant pour passer un homme par les armes. Doussot sait, lui, que Jost n’est pas un agent de la Gestapo. S’il décide de le tuer le 21 juillet, c’est pour empocher les 80 000 Francs qu’il avait sur lui. Pour Doussot, tout est bon à prendre, il n’y a pas de petits profits.

Marie Baigne

Victor Delorme du hameau de Collonges à côté de Cluny sera entendu le 8 décembre 1948. En 1944, il n’appartenait pas au maquis de Crue. On lui a pourtant confié la surveillance de Marie Baigne, après qu’elle ait été interrogée puis violée par Doussot. Il lui a également pris les 1 400 F qu’elle avait sur elle.

Delorme ne pose-t-il pas de questions ? N’a-t-il pas d’autre choix ? Marie est placée sous sa garde jusqu’à la Libération « car on ne voulait pas qu’elle revienne à Lyon », précise-t-il. Marie Baigne témoignera en 1948. Le tribunal n’inculpera pas Doussot pour le viol de la jeune femme.

Motus et bouche cousue

L’épouse de Jost, Alphonsine (née Dietrich) demandera une enquête fin juillet 1944 au Parquet de Lyon. C’est celui de Mâcon qui est ensuite saisi et la gendarmerie enquête de nouveau en novembre 1944. Ceux qui étaient en Crue ne parleront pas et le dossier est classé sans suite. Madame Jost ne s’avoue pourtant pas vaincue et demande en avril 1945 un jugement déclaratif de décès. Une nouvelle procédure est ouverte et elle permet enfin de repérer le lieu de l’inhumation. Le 15 mai, le corps de Jost est exhumé, identifié et l’état civil de Blanot rectifié à la demande du Tribunal civil de Mâcon.

Hommage à Blanot, 2019

Contrairement à Jacquot et à Zorn, Jost reposera au cimetière de Blanot où nous nous sommes rendus par une belle après-midi ensoleillée de février 2019. Soixante-quinze ans après, le Souvenir Français a décidé de prendre en charge la tombe à l’abandon et de rendre hommage à Jost. La Croix de Lorraine, dessinée à l’aide de petits cailloux blancs, rappelle que Jost, lâchement assassiné, ne méritait pas un tel sort.    

Doussot jugé pour les meurtres en Crue ?

Le 17 janvier 1951, la peine de Doussot est commuée en peine de travaux forcés à perpétuité. Puis, en date du 20 janvier 1951, Doussot est renvoyé devant le tribunal militaire de Lyon pour les assassinats de Jacquot, Jost et Zorn et pour le viol de Marie Baigne.

Le Garde des Sceaux, ministre de la Justice estimera « regrettable » dans une lettre au procureur général de la Cour d’appel de Lyon que Doussot, n’ait pas été jugé également au moment de son procès, pour ces trois meurtres « alors qu’il était militaire. » Doussot a été gracié par le président Auriol alors qu’il était impliqué entre 1943 et 1944 dans 366 arrestations, 313 déportations et vingt exécutions. Alors pour trois meurtres (ou plus ?), un viol, (ou plus ?) cela aurait-il changé la donne ???

À suivre…