Pourtant

Jules Pierreclaud est né à deux pas de Cluny, en 1891, à Verzé dans une famille paysanne et il gardera de ses origines un engagement fort pour l’agriculture.

@Liliane Chalon. Jules Pierreclaud, dit « Le Vieux ».

Engagé volontaire en 1909, après la mort de sa mère, il restera  incorporé presque quatre ans et est réformé avec gratification suite à un accident de cheval.

Il épouse Lucie Charpentier à Saint Vérain en 1920. Il est d’abord photographe à Saint Vérain puis à Cluny : « Photographie artistique et industrielle. Economidis et Pierreclaud. Salon de pose et atelier : avenue de la gare à Cluny ». Il devient en mars 1928 receveur buraliste 2è classe. Il restera à Cluny jusqu’en avril 1943 où il est muté pour raison professionnelle à Charolles. Entre 1922 et 1934 Jules et Lucie donnent naissance à cinq enfants : Simone, Marcelle (qui décède à 15 mois), Denise, Yvette et Joseph.

Ses occupations en dehors de son travail sont multiples :

Des ruches, l’organisation d’expositions avicoles, un chenil «  Au vieux Cluny », des compétitions de chiens, l’association de gymnastique d’abord à Verzé puis à Cluny. Sans compter le militantisme politique : il entre au Partis Socialiste (celui de l’époque) en 1921 et y restera jusqu’à sa mort. Il tient avec Lucie une boutique d’articles de pêche et chasse.

L’engagement

Avec Jean-Louis Delorme, il organise l’accueil des réfugiés politiques espagnols en aménageant une ancienne salle de cinéma et il fait en sorte de les nourrir. Il a vite compris que ceux à qui on promettait chaussures et argent, pour les envoyer travailler en Allemagne, ne pourraient pas comme ils le croyaient pouvoir s’échapper après avoir obtenu l’argent et les chaussures car les gares étaient bouclées dès leur arrivée.  C’est ainsi qu’un cousin de Verzé, Sandrin dit Bibi a pu dire  «  Il m’a  sauvé la vie « 

Il est conseiller municipal sous la mandature de Guéritaine et ils sont destitués par Vichy. On apprend sous la plume de Jean-Yves Boursier dans  Chroniques du maquis 1943-1944, Éditions L’Harmattan, 2000,  qu’il est à l’origine de la Résistance à Cluny avec son ami Jean Renaud. On a peu de détails sur son action entre 1940 et 1942, mais il a  rejoint le réseau Buckmaster, Dichter pour la région en 1942 où il est attesté agent P1 et ils obtiennent un premier parachutage à la Vineuse ou au col du Loup, le 28 octobre 1942(un autre document indique décembre). Dans une lettre qu’il écrit au colonel Josset à la fin de la guerre il écrit : « Entré au service du réseau Buckmaster en décembre 1942 par l’intermédiaire de l’agent « Arthur » M.Marchand de Lyon-qui avait créé un secteur à Cluny où j’étais domicilié. »

C’est en novembre 1942 après la disparition de la zone libre qu’il implique sa fille Simone, 20 ans pour aller chercher à Mâcon du cordon Bredford, dont il avait besoin pour fabriquer des détonateurs. A cette époque, on décrit Jules comme un Père tranquille (le film aurait presque été écrit pour lui tant la ressemblance est forte entre lui et le personnage joué par Noêl Noël. Il va au jardin au Pont de l’étang, brouette et sabots : qui pourrait le soupçonner ? Et pourtant il fabrique des détonateurs et pas juste pour s’amuser ! C’est là aussi qu’il retrouve sa fille Simone après l’avoir envoyée en mission.

D’après Serge Moreau, Jules Pierreclaud aurait participé aux recherches d’hébergement pour Berthie Albrecht. A partir du 1er janvier 1943 il est agent P2 et  responsable des parachutages pour le réseau dit «  Arthur, Marius, Toto, Michel », son surnom est « Le Vieux ». En mars 1943 avec d’autres membres de l’AS (Armée secrète) il décide de mettre à l’abri les réfractaires en CRU, c’est ce qu’écrit Jean  Martinerie dans son livre « La Résistance en Clunysois » ( p.81) : «  A la suite d’une réunion en mars 1943, qui aurait rassemblé Jean Renaud, Antoine Moreau, Antoine Martin, Pierre Colin, André Cugnet, Jules Pierreclaud, Jean Jusseau, Pierre Commerçon et Joanny Sangoy membres des AS de Cluny et Blanot, l’unanimité s’est faite pour héberger les réfractaires du secteur dans « la ferme de Cru ». D’abord 5 jeunes dans la nuit du 9 mars, au 10 mars ; la nuit suivante ils partent à 7 dont Henri Gandrez et mon père Max Chalon. Le maquis de Cru sera actif dans la bataille d’Azé et la libération de Cluny.

Un mois plus tard Jules quitte Cluny pour Charolles où son action dans la Résistance se poursuit et se renforce. Il est recherché par la Gestapo.

Récompenses

Il est fait Chevalier du mérite agricole en 1946

Reçoit la médaille de la Résistance le 31 mars 1947

Et à Charolles devant le Monument aux morts le 4 juin 1949 : insignes et certificat d’ appréciation royale, remis par le Consul d’Angleterre à Lyon.

@Liliane Chalon. Cérémonie du 4 juin 1949.

Jules et l’agriculture

On peut dire que c’était une vraie passion pour lui et il fut responsable de l’agriculture au Parti socialiste  pour toute la Saône et Loire. On peut lire dans mon livre « Le Vieux, parcours d’un résistant en Saône et Loire » en ligne sur le site des Archives de Saône et Loire https://www.archives71.fr/article.php?larub=78, les nombreux rapports qu’il a écrits, sur des thèmes très variés : l’habitat rural, le marché de la viande, le marché noir, les vignobles, les coopératives agricoles et même un thème très actuel ; «  Comment faire baisser le coût de la vie. »Ainsi qu’un très beau texte sur le rôle et la nécessité de l’enseignement agricole.

Mort et hommages

Il meurt accidentellement dans une rue de Charolles en  novembre 1950, il n’a pas 60 ans ! Les hommages sont nombreux, une foule immense assiste aux obsèques. On peut retrouver dans mon livre  certains  articles parus dans la presse.

Cluny Août 1971

Soit vingt ans plus tard, une cérémonie  a lieu au cimetière de Cluny ; une délégation des membres des CVR et anciens déportés de Cluny s’est rendue au  cimetière pour déposer une plaque souvenir sur sa tombe : « Les combattants volontaires de la Résistance en souvenir de leur camarade Pierreclaud Jules. » Dans la presse on a pu lire : « M. Jules Pierreclaud qui a habité à Cluny et à Charolles était un résistant de la première heure et son activité clandestine lui avait valu, la médaille de la Résistance, la carte de CVR, et deux décorations anglaises, la Military cross et la Croix des Distinguished Service »

Je n’ai pu retrouver trace de ces deux dernières décorations, je n’ai eu entre les mains que l’attestation d’appréciation royale.

Liliane Chalon